Sitôt ouvert, déjà suspendu. Le début du procès de Pénélope Fillon dans l'affaire des soupçons d'emplois fictifs n'a pas eu lieu ce lundi. Il a été renvoyé à mercredi en raison de la grève des avocats. Le tribunal correctionnel de Paris a fait droit à une demande de renvoi de la défense, qui sollicitait le report de la première journée de ce procès prévu jusqu'au 11 mars en soutien au mouvement des avocats contre la réforme de leur régime autonome de retraite.

Les époux Fillon sont arrivés peu après 13h00 au tribunal dans une nuée de caméras, sans faire de déclaration. François Fillon, costume sombre, et son épouse Penelope, tailleur noir, cheveux mi-longs blancs et lunettes, ont pris place côte à côte au premier rang de la salle, rejoints ensuite par Marc Joulaud, l'ancien suppléant de François Fillon à l'Assemblée nationale.

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L'audience a débuté par l'examen de cette demande de renvoi, brièvement plaidée par les avocats de la défense qui entendaient profiter de cette «audience très symbolique» pour témoigner de leur «sympathie» envers les avocats grévistes. Ces derniers ont d'ailleurs bloqué le tribunal plusieurs heures lundi matin. Les trois prévenus, rapidement repartis, encourent dix ans d'emprisonnement, de lourdes amendes et des peines d'inéligibilité. Leurs avocats plaideront la relaxe.

«Les preuves seront rapportées»

Le procès reprendra mercredi avec des questions de procédure soulevées par la défense, que le tribunal devra examiner avant d'aborder le fond du dossier. Les avocats des Fillon ont cité comme témoins au moins trois collaborateurs de longue date de François Fillon pour ce procès, dont la secrétaire qui le suit depuis ses débuts en politique en 1981.

Après une campagne phagocytée par cette affaire, François Fillon, 65 ans, avait quitté la politique sur son échec cuisant au premier tour de la présidentielle, le 23 avril 2017. Reconverti dans la finance, il assure que «les preuves» de la réalité du travail de son épouse «seront apportées».

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La justice s'était saisie le jour même des premières révélations d'une longue série, le 25 janvier 2017 dans le Canard enchaîné. Les juges d'instruction, après plus de deux ans d'enquête, ont acquis la conviction que Penelope Fillon, 64 ans, avait bénéficié d'emplois «fictifs» d'assistante parlementaire de son mari député et de son suppléant dans la Sarthe, Marc Joulaud.

Une partie des accusations de détournement de fonds publics, complicité ou recel, qui remontent à 1981, sont prescrites. Sur la seule période 1998-2013, plus d'un million d'euros d'argent public ont été «détournés», estiment les enquêteurs. Les Fillon sont également poursuivis pour recel et complicité d'abus de biens sociaux, pour l'emploi de «conseiller littéraire» obtenu par Mme Fillon à la Revue des deux mondes, propriété de Marc Ladreit de Lacharrière, ami de François Fillon, payé 135 000 euros entre 2012 et 2013. Un emploi «de pure complaisance, sans contrepartie réelle» selon l'accusation, pour lequel le milliardaire a été condamné pour abus de biens sociaux au terme d'une procédure distincte de «plaider-coupable».

Une pratique légale et répandue 

Depuis le début de l'affaire, François Fillon a constamment défendu le travail de sa discrète épouse, sa «première et plus importante collaboratrice» dans la Sarthe, dénonçant une enquête «à charge». La pratique des emplois familiaux, interdite dans le sillage du «Penelopegate», était alors légale et répandue. Mais les enquêteurs lancés sur la piste des emplois de Mme Fillon n'ont guère trouvé de témoignages ou d'archives démontrant qu'elle avait réellement travaillé.

Ils n'ont pas davantage été convaincus par les nombreuses pièces versées par la défense afin d'attester du travail accompli: ces documents ne «démontrent rien», ont-ils estimé. Pour eux, les activités de Penelope Fillon auprès de son député de mari n'allaient pas au-delà du «rôle social joué de manière assez traditionnelle par les conjoints d'hommes ou femmes politiques». Et le travail de Pénélope Fillon auprès de Marc Joulaud entre 2002 et 2007 avait «moins de consistance encore».

La défense considère pour sa part que nombre de témoins interrogés ne sont pas pertinents et que les documents fournis ont été trop vite «balayés». Les avocats du couple Fillon et de Marc Joulaud, 52 ans et candidat à sa réélection à la mairie de Sablé-sur-Sarthe, devraient notamment insister sur les spécificités du travail d'assistant parlementaire.

Les époux Fillon se voient aussi reprocher des «emplois de complaisance» accordés à deux de leurs enfants lorsque François Fillon était sénateur, et M. Fillon la non-déclaration d'un prêt de Marc Ladreit de Lacharrière. Seule partie civile au procès, l'Assemblée nationale demande «le remboursement des sommes versées au titre de rémunérations, si jamais la juridiction considère que l'emploi est fictif», selon son avocat Yves Claisse. Soit, le cas échéant, plus d'un million d'euros de dommages et intérêts.