Commentaire

En France, le quinquennat Hollande a accouché d'un divorce entre les socialistes et le pouvoir

Le vainqueur de la primaire de la gauche française est porteur d'une volonté de renouvellement socialiste, pas d'un programme de gouvernement

L'élection présidentielle de 2017 était-elle vraiment l'enjeu de cette primaire «citoyenne» organisée par le Parti socialiste français pour tirer le bilan du quinquennat de François Hollande ?

A voir les résultats du premier tour ce dimanche, et la nette victoire de Benoît Hamon, la réponse est plutôt non. Ce n'est pas un candidat pour accéder à l'Elysée en mai 2017 que la majorité des votants ont désigné, mais un avocat à la fois humble et courageux de nouvelles idées, et d'une approche aussi différente que controversée de notre société future.

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L'idée du revenu universel d'existence à environ 600 euros par mois pour tous les Français - dont le coût annuel est estimé à 300 milliards d'euros - offre le bon résumé de ce scrutin. Elle a polarisé le débat. Elle a assuré le «buzz» sur les médias sociaux. Elle a permis à l'ancien ministre de l'éducation, par ailleurs porté par sa personnalité modeste et sympathique, d'apparaitre comme un transgresseur tourné vers l'avenir. L'idée d'une gauche encore capable de réinventer et de réenchanter le monde en est sortie vivifiée. Mais après? Quid de la laïcité républicaine et de la lutte contre l'islamisme radical, sujets délicats pour l'inexpérimenté et bien peu régalien Benoit Hamon ?  Peut-on penser que ce dernier, à l'issue d'une bonne campagne, a des chances de s'imposer lors de la présidentielle? L'hypothèse, pour l'heure, semble irréaliste face aux adversaires issus du même camp politique et a priori bien mieux ancrés que sont Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron.

Une primaire à l'image du quinquennat

La réalité est que cette primaire est à l'image du quinquennat de François Hollande. Car l'une comme l'autre reposent sur un malentendu. En 2011, l'actuel président français avait fait en partie campagne contre la finance, et pour une réindustrialisation guidée par la puissance publique... avant de se ranger aux compromis économiques indispensables pour permettre aux entreprises hexagonales de retrouver le chemin de leur compétitivité perdue. Jusqu'à se retrouver écartelé entre les fractures de sa majorité, plombé par son impopularité record et, au final, ne plus pouvoir se représenter pour un second mandat. 

En ce mois de janvier, Benoît Hamon a placé sa campagne victorieuse du premier tour sous le signe des questions existentielles et sociétales. Lui, le futur «présidentiable» du PS, a paradoxalement profité du fait de n'avoir pas été aux premiers rangs de l'action gouvernementale, ayant claqué la porte du ministère de l'éducation en août 2014 après quelques mois passés ... pour témoigner sa solidarité suite au limogeage du dissident Arnaud Montebourg.

Manuel Valls, seul à assumer le quinquennat écoulé avec les «petits candidats» Sylvia Pinel et François de Rugy, peut encore espérer battre son rival lors du prochain débat télévisé, puis rallier à sa bannière les électeurs restés chez eux ce dimanche. Mais la pente à remonter s'annonce très ardue, voire impossible, compte tenu des forces en présence. D'autant qu'Emmanuel Macron, bien plus populaire, chasse sur les mêmes terres...

Le désaveu du Hollandisme distillé par cette primaire est au final patent. Comme si une majorité d'électeurs de gauche français souhaitaient oublier non seulement ce quinquennat d'espoirs déçus. Mais aussi les contraintes imposées par l'exercice difficile du pouvoir dans un pays corseté par ses difficultés économiques, budgétaires et sociales. 

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