Le ministre des Affaires étrangères, Dominique de Villepin, a accueilli la déclaration des huit dirigeants européens sur l'Irak comme celle de George Bush sur la «convocation» du Conseil de sécurité pour le 5 février, avec la plus grande sérénité apparente. Il a répondu jeudi après-midi à un sénateur lors de la séance des questions au gouvernement: «Que l'Europe parle d'une seule voix: c'est notre souhait. La France a pris une initiative qui a abouti à une position des Quinze: priorité au Conseil de sécurité, désarmement de l'Irak, coopération. Huit premiers ministres s'expriment: c'est une contribution au débat…»

Quelques heures plus tôt, le porte-parole du Ministère de la défense avait utilisé un langage moins diplomatique. «C'est le droit le plus strict de chaque membre de l'Union (européenne) d'avoir son appréciation sur sa participation à l'éventuelle action militaire», a-t-il affirmé, avant d'ajouter: «Il ne faut pas s'arrêter à une situation où la participation militaire relève plus de l'affichage que de la substance. A ce stade, il ne s'agit pas de la question prioritaire.»

Mais la réponse française est venue indirectement. La présidence de la République a fait savoir que Jacques Chirac avait appelé le président syrien Bachar al-Assad au téléphone. Selon l'agence de presse syrienne SANA, cette conversation avait pour but de «se coordonner au Conseil de sécurité lors de la prochaine étape afin d'empêcher les circonstances d'évoluer jusqu'à un point qui pourrait conduire à une guerre contre l'Irak». La Syrie est en ce moment le seul membre arabe du Conseil de sécurité de l'ONU. La présidence de la République précise que cet entretien «se situe dans le cadre de la concertation que la France poursuit actuellement avec les membres du Conseil». Ce qu'elle ne dit pas, c'est que Jacques Chirac entretient depuis longtemps des amitiés avec la Syrie.

Dominique de Villepin a rappelé la réunion d'un sommet franco-britannique mardi prochain au Touquet. La diplomatie française continue donc d'adopter la stratégie qui lui a réussi lors de l'élaboration de la motion 1441 sur l'Irak, en évitant les déclarations fracassantes et en privilégiant les relations bilatérales. Mais elle a tout de même tenu à souligner, avec le coup de téléphone franco-syrien, le caractère privilégié de ses relations avec le Proche-Orient arabe.