Au moment du bombardement qui a tué 9 militaires dans la «zone de confiance» qui sépare les troupes gouvernementales ivoiriennes et les rebelles, le dispositif français déployé en Côte d'Ivoire comprenait un peu plus de 4000 soldats de l'opération Licorne qui intervient sous mandat de l'ONU, et de 600 soldats du bataillon d'infanterie de marine stationnés sur une base militaire à Abidjan. Cette force agit conjointement avec les 6200 Casques bleus de l'Opération des Nations unies en Côte d'Ivoire (Onuci). L'Onuci a été créée par une résolution du Conseil de sécurité de l'ONU le 27 février 2004. Sa mission, commencée en avril dernier, est prévue pour une durée initiale d'un an. Elle a pour but de veiller à l'application du cessez-le-feu établi en juillet 2003.

Après le bombardement, le président de la République a ordonné «la destruction des moyens aériens militaires ivoiriens utilisés […] en violation du cessez-le-feu». Cette destruction réalisée ce week-end, l'armée ivoirienne est privée pour l'essentiel de ses ressources aériennes.

«Mandat plus robuste»

Depuis les émeutes survenues à Abidjan, le gouvernement français a renforcé et redéployé son dispositif. Une partie des soldats de la force Licorne appuiera les soldats stationnés à Abidjan, notamment dans la zone de l'aéroport. Ils recevront le soutien de 700 hommes environ, 300 venus de Libreville au Gabon, et 300 venus de la base aérienne d'Istres dans le midi de la France. Ils sont accompagnés par 60 gendarmes spécialisés dans les missions de maintien de l'ordre. Selon Michèle Alliot-Marie, la ministre française de la Défense, l'Onuci et l'opération Licorne devraient bientôt recevoir de l'ONU «un mandat plus robuste».

Le renforcement de la présence française signifie-t-il, comme l'a affirmé dimanche le président de l'Assemblée nationale ivoirienne, Mamadou Koulibaly, que le «Vietnam ne sera rien par rapport à ce que nous allons faire ici»? Mamadou Koulibaly a néanmoins assuré que le président Laurent Gbagbo est disposé à négocier et qu'il a ordonné un cessez-le-feu. Il n'y a aucune indication qui permette de dire que la France s'engage dans une escalade militaire.

Premièrement, elle agit en Côte d'Ivoire sur un mandat précis de l'ONU. Deuxièmement, elle a l'appui de l'Union africaine. Troisièmement, ni les forces gouvernementales, ni les forces rebelles ne sont en mesure de menacer gravement les troupes de l'Onuci et de l'opération Licorne. Quatrièmement, malgré les assertions de Mamadou Koulibaly selon lesquelles «les autorités ivoiriennes se considèrent désormais comme des autorités rebelles au pouvoir français que Jacques Chirac essaie d'installer en Côte d'Ivoire», la France n'a manifesté ni depuis la signature des accords de Marcoussis en janvier 2003, ni ces derniers jours, l'intention d'établir un protectorat en Côte d'Ivoire.

Si la situation semble sous contrôle dans l'ensemble du pays, celle d'Abidjan est plus inquiétante. Elle pourrait, si elle continuait à dégénérer, obliger le gouvernement français à prendre demain des mesures nouvelles pour assurer la protection des quelque 15 000 Français (dont 8000 ont la double nationalité) qui vivent encore dans le pays et pour la plupart dans la capitale.