La guerre de la burqa n’aura pas lieu. Du moins pas tout de suite. Mardi, la mission parlementaire française chargée du sujet a renoncé à proposer une loi interdisant le voile intégral sur la voie publique, de peur de la voir annulée par le Conseil constitutionnel ou la Cour européenne des droits de l’homme.

«Il ne faut pas tomber dans le piège d’une décision qui serait cassée, a indiqué le député de droite Eric Raoult, membre de la mission. Nous voulons la sécurité juridique, il ne faut pas se rater.»

A la place d’une loi trop générale, la mission propose une simple «résolution» parlementaire, non contraignante. Elle affirmerait que «le port du voile intégral est contraire aux valeurs de la République». Pour les députés, en effet, la burqa ou le niqab – son équivalent du Golfe – est une «fin de non-recevoir à tout échange humain», issue de «systèmes de pensée que l’on peut qualifier de «barbares» au sens où ils nient l’idée de progrès, de civilisation, de démocratie, d’égalité entre les sexes».

Selon le ministère de l’Intérieur, 1900 femmes appartenant à la mouvance salafiste-wahabite porteraient le voile intégral en France – soit moins de trois cas pour 100 000 habitants. Et dix-neuf seulement seraient des mineures, contraintes de se voiler par leurs parents.

L’objectif des députés reste la disparition, à terme, du voile intégral du territoire français. Aussi proposent-ils plusieurs mesures visant à compliquer la vie des femmes qui continueraient à le porter. Des décrets ou règlements pourraient interdire de «dissimuler son visage dans les services publics» (Poste, transports...). Les fonctionnaires des crèches, hôpitaux et administrations seraient encouragés à refuser leurs services aux adeptes du niqab. Elles se verraient aussi privées de visas de longue durée, titres de séjour ou naturalisation.

Le lobbying en faveur d’une interdiction générale continue. Le chef de file du parti présidentiel UMP au parlement, Jean-François Copé, a déposé une proposition de loi stipulant que «nul ne peut, dans les lieux ouverts au public et sur la voie publique, porter une tenue ou un accessoire ayant pour effet de dissimuler son visage». Les contrevenants se verraient infliger une amende de 750 euros.

Mais cette insistance à éliminer un phénomène reconnu de toutes parts comme marginal suscite aussi un certain malaise. «On dirait qu’en France, tout ce qui n’est pas dans une norme postmoderne sécularisée d’origine chrétienne est mal vu», commente un fonctionnaire, qui s’inquiète de voir le salafisme rejoindre la scientologie et d’autres sectes sur le banc d’infamie de la République.

Pour le sociologue Vincent Geisser, souvent étiqueté comme «pro-musulman», le débat sur le sujet a déjà produit ses effets pervers: «Beaucoup de musulmans, au départ très hostiles au port du niqab, sont devenus compatissants envers ces filles, parce qu’ils se sentent visés collectivement, notamment à travers le débat sur l’identité nationale. Il y a un risque que des gens commencent à le porter par réaction, que le niqab devienne un étendard.»

Mais selon le fonctionnaire précité, la question cruciale reste, pour l’heure, de «savoir ce que va faire le policier demain». Faudra-t-il bannir les riches touristes du Golfe des banques parisiennes, l’été prochain, parce qu’elles portent le niqab? Interrogés à ce sujet par un journaliste d’Al-Jazira, les députés ont répondu par une silence embarrassé.