Avant d’ouvrir lundi le sommet de Pau sur la crise au Sahel, le président Emmanuel Macron et cinq chefs d’Etat africains se sont inclinés à la mémoire des 13 soldats français tués en décembre dans une opération anti-djihadiste. Les défunts étaient pour la plupart rattachés à un régiment stationné dans la ville du sud-ouest.

Le message se veut limpide: les soldats français ne doivent pas être tombés en vain. Et il vaut autant pour l’opinion publique française que pour les présidents du Burkina Faso, du Mali, du Niger, de la Mauritanie et du Tchad. Les pays du G5 Sahel ont été conviés à Pau pour resserrer les rangs dans cette guerre, dont personne ne se risque à prédire la fin.

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Sept ans après l’intervention de la France au Mali, empêchant le pays de tomber aux mains des groupes islamistes et djihadistes, les perspectives sont sombres. Jeudi dernier, 89 soldats nigériens ont encore été tués dans l’assaut contre leur camp. Selon l’ONU, le nombre de victimes a été multiplié par cinq ces trois dernières années au Mali, au Burkina Faso ou au Niger, pour atteindre plus de 4000 décès.

Contagion terroriste

«Plus important encore, la cible géographique des attaques terroristes s’est déplacée vers l’est, du Mali vers le Burkina Faso, et menace de plus en plus les Etats côtiers de l’Afrique de l’Ouest. Le nombre de personnes tuées au Burkina Faso est passé d’environ 80 en 2016 à plus de 1800 en 2019», a mis en garde la semaine dernière le chef du Bureau des Nations unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel, Mohamed Ibn Chambas, devant les membres du Conseil de sécurité de l’ONU.

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Avec ses 4500 hommes de la force «Barkhane», la France soutient à bout de bras les armées nationales des trois pays. Celles-ci ne paraissent pas de taille à affronter seules la menace djihadiste, comme le montrent les récentes hécatombes. Mais, censée appuyer les forces locales et non se substituer à elles, l’ancienne puissance coloniale cristallise tous les ressentiments. Elle est tantôt accusée d’inefficacité, tantôt d’avoir un agenda caché au Sahel. Pourtant, hormis les mines d’uranium au Niger exploité par Areva, la France n’a pas de grands intérêts économiques dans la région.

«Couper le cordon ombilical»

Paris sert aussi de bouc émissaire alors que les gouvernements de la région, parmi les plus pauvres du monde, sont bien incapables de restaurer leur autorité et d’assurer des services étatiques sur leur territoire. Après la mort des 13 soldats, Emmanuel Macron n’avait pas caché son exaspération face à ce qu’il percevait comme une ingratitude des pays du Sahel. Les présidents du G5 Sahel avaient été convoqués précipitamment pour clarifier leur position sur ce qu’ils attendaient de Paris.

Le président français menaçait alors de retirer les troupes. Le sommet initialement prévu en décembre avait été repoussé, suite à une attaque au Niger. A Pau, les chefs d’Etat africains doivent réaffirmer la nécessité de la présence militaire française, afin de «relégitimer» l’intervention de la France, qui avait été appelée à l’aide par le Mali en 2013.

Suffisant pour inverser le cours des événements? Professeur d’histoire internationale à l’Institut de hautes études internationales et de développement (IHEID), Mohamed Mahmoud Mohamedou en doute: «Cette convocation reste marquée par le néocolonialisme et risque d’être contre-productive. Si les Etats du Sahel veulent regagner leur autorité, ils devront couper le cordon ombilical.» Cela ne peut se faire du jour au lendemain, reconnaît le professeur, mais «il faut absolument responsabiliser les pays africains».