Et si David Pujadas avait fait les frais, dès l’élection d’Emmanuel Macron, d’un «dégagisme télévisuel» qui pourrait bientôt faucher d’autres célébrités hexagonales du petit écran? Au quartier général de France Télévisions, sur les rives de la Seine, une volée d’approbations accueille notre remarque. Depuis l’annonce du départ prochain de David Pujadas aux manettes du 20 Heures de France 2 – il sera remplacé par Anne-Sophie Lapix, jusque-là présentatrice de C à vous sur France 5 – le grand vent du renouvellement souffle dans les couloirs. La semaine dernière, un autre adieu très symbolique a été celui de William Leymergie, 70 ans, présentateur de Télématin depuis sa création… le 10 janvier 1985. «Il est normal que l’élection d’un président de 39 ans transforme radicalement le paysage télévisuel, reconnaît un correspondant de France Télévisions à l’étranger. Je ne parle pas de politique, je parle de style et d’époque.»

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La responsabilité du départ de David Pujadas revient à la présidente de France Télévisions, Delphine Ernotte, dont la nomination par le Conseil supérieur de l’audiovisuel, en février 2015, avait surpris. Ingénieure, spécialiste des télécommunications, ancienne directrice du groupe Orange et novice en matière de contenus, celle-ci avait très tôt regretté l’absence de femmes aux heures de grande audience. L’intéressée goûte également peu la polémique. Lorsque David Pujadas invite sur le plateau de L’Emission politique l’écrivaine Christine Angot face à François Fillon, fin mars 2017, la présidente est outrée par l’affrontement. «Il y a une lassitude vis-à-vis du journalisme d’embuscade au sein de la direction», note un journaliste pigiste, habitué à travailler pour l’émission Cash Investigation d’Elise Lucet. Entendez: la télévision publique doit, pour Delphine Ernotte, défendre son indépendance éditoriale. Mais sans agiter le chiffon rouge…

La «grand-messe» est dite

Ce «dégagisme» télévisuel est, surtout, affaire de posture et de génération. Lassés des professionnels de la politique, qu’ils s’apprêtent selon les sondages à sanctionner massivement lors des législatives des 11 et 18 juin, les Français le sont autant des… journalistes trop politiques. L’équipe d’Emmanuel Macron, durant la campagne et depuis les premiers pas du nouveau président à l’Elysée, ne perd pas une occasion de répéter que d’autres visages sont bienvenus lors des déplacements présidentiels. Or Anne-Sophie Lapix, tout en ayant présenté une émission politique sur Canal +, a l’avantage selon ses partisans «d’être pédagogique, portée vers le concret, moins portée vers la grand-messe».

L’idée? A l’heure d’Internet et de la concurrence entre écrans, le 20 Heures doit être un rendez-vous plus convivial, moins vertical. Avec, toujours, cette arrière-pensée: «Une nouvelle présentatrice, même expérimentée, sera toujours plus prudente que son prédécesseur vis-à-vis des autorités», reconnaît l’un de nos interlocuteurs à France 2, où l’omerta et le verrouillage à tous les étages règnent depuis la démission du directeur de l’information Michel Field le 22 mai. Dans la foulée du départ de David Pujadas.