France

En France, le terrorisme frappe Paris et la campagne électorale

Un policier a été tué et deux autres blessés jeudi soir sur les Champs-Elysées par un homme connu des services de renseignement. L’attaque a aussitôt été revendiquée par l’Etat islamique. A trois jours du premier tour du scrutin, la question sécuritaire est au centre du débat politique français

La plus belle avenue du monde semble avoir refermé ce vendredi matin l’un des pires chapitres de son histoire. Nettoyée dans la nuit par les services de la voirie, débarrassée de la multitude de policiers qui l’ont occupé durant la nuit, les Champs Elysées a presque oublié la tragédie survenue jeudi soir vers 21h. Et pourtant! «Nos concitoyens sont protégés. Ils doivent l’être et ils le seront.» Il est 23h20 jeudi soir, sur le perron du palais de l’Elysée, lorsque le président François Hollande prend la parole en direct, à l’issue d’une réunion ministérielle d’urgence, pour donner sa version de l’attaque survenue un peu plus tôt, vers 21h, sur les Champs-Elysées voisins. La nature «terroriste» de l’attentat qui a entraîné la mort d’un policier, et conduit à l’hospitalisation immédiate de deux autres policiers blessés en état grave, plus d’un passant étranger légèrement atteint, est confirmée par le chef de l’Etat sortant, à trois jours du premier tour de scrutin de la présidentielle française. «Le soutien de la nation aux forces de police est total», a ajouté le chef de l’Etat.

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L’identité de l’agresseur, lui-même tué par les tirs de riposte des forces de police, a pu être confirmée dans la soirée grâce à la découverte de papiers d’identité dans sa voiture de marque Audi A 80. Il s’agirait d’un délinquant récidiviste de 39 ans né en France, fiché par les services de renseignement et condamné à 15 ans de prison en 2005 pour avoir fait feu sur des policiers. Il aurait tiré à la kalachnikov sur un fourgon des forces de l’ordre depuis son véhicule au niveau du 102 des Champs-Elysées, à proximité du magasin Marks & Spencer et du restaurant Le Fouquet’s où Nicolas Sarkozy avait, le 6 mai 2007, fêté son élection à la tête du pays. L’attaque a, vers minuit, été très rapidement revendiquée par le groupe Etat islamique. La nébuleuse terroriste a fait de la France, république laïque engagée dans la coalition militaire en Syrie et en Irak, l’une de ses principales cibles. Ailleurs en Europe, la ville de Stockholm a été récemment le théâtre d’un attentat au camion bélier. Londres a été ensanglantée par une attaque contre le parlement britannique le 23 mars dernier.

Fortes tensions

Ce nouveau drame intervient dans une période de très fortes tensions en France, où deux présumés terroristes ont été interpellés en début de semaine à Marseille. 50 000 policiers et gendarmes, soit un quart des effectifs totaux des forces de l’ordre, doivent être mobilisés dimanche 23 avril pour protéger le premier tour de la présidentielle, en plus de l’opération «Sentinelle» de protection du territoire, lancée en janvier 2015 après les attentats contre Charlie Hebdo.

L’attaque des Champs-Elysées, l’avenue la plus touristique de France, intervient aussi le jour même de l’ouverture au Palais de justice de Paris du procès de la filière islamiste dite de Cannes-Torcy, responsable d’une attaque en septembre 2012 contre un commerce juif de la ville de Sarcelles, dans la banlieue de Paris. En janvier, une attaque au couteau contre une patrouille de militaires avait eu lieu au Carrousel du Louvre, près du musée du même nom.

Le 21 mars dernier, un homme, lui aussi récidiviste et autrefois incarcéré, avait été tué à l’aéroport d’Orly par des militaires après avoir dérobé le fusil-mitrailleur d’une soldate. L’intervention télévisée de François Hollande démontre l’importance de l’événement, dont beaucoup d’observateurs redoutent l’impact sur le scrutin présidentiel. A l’heure où le terroriste faisait feu sur les policiers, les onze candidats se trouvaient sur le plateau de France 2 pour une émission spéciale d’entretiens. Ils ont aussitôt commenté l’événement. La volonté du terroriste, cette fois, semble avoir été de s’en prendre aux forces de sécurité, devenues des cibles. Des perquisitions ont rapidement été déclenchées en banlieue parisienne, au domicile présumé du suspect.

Une France sous le choc

Les images de l’avenue des Champs-Elysées fermée au public, barrée par la police et quadrillée par des brigades d’intervention en cagoule sont assurées de faire le tour du monde, alors que les fêtes de Pâques viennent de s’achever et que le regain touristique de Paris est au rendez-vous. Tous les passants qui circulaient dans cette zone ont immédiatement été mis à l’abri dans les galeries marchandes adjacentes ou la plupart se trouvaient encore vers minuit. Le symbole d’une France de nouveau touchée au cœur, à la veille d’un rendez-vous décisif avec le suffrage universel, est maximal. Un conseil de défense doit se réunir à l’Elysée ce vendredi à 8h00.

La France, rappelons-le, se trouve sous le régime d’exception de l’état d’urgence depuis la nuit fatale du 13 novembre 2015 et les attaques survenues à Paris contre le Bataclan, le stade de France et les terrasses de café (129 morts, 354 blessés). Plusieurs autres attentats ont eu lieu depuis, dont le double meurtre de policiers chez eux en juin 2016 à Magnanville, celui de Nice le 14 juillet 2016 (86 morts), et l’assassinat du père Jacques Hamel dans l’église de Saint-Etienne-du-Rouvray près de Rouen, le 26 juillet 2016.

La question sécuritaire et la lutte contre l’islam radical sont, depuis le début de la campagne, abordées par les différents candidats à la présidence de la République. La plus virulente sur ce sujet est la candidate du Front national Marine Le Pen – donnée qualifiée pour le second tour par les sondages – qui propose d’expulser vers leur pays d’origine tous les individus fichés S pour radicalisation islamiste. Cette dernière et le candidat de la droite François Fillon ont renoncé à leurs déplacements prévus vendredi, dernier jour de campagne. Le candidat centriste Emmanuel Macron a lui aussi annulé ses deux derniers meetings à Rouen et à Arras.

Les deux candidats qualifiés pour le second tour seront connus dimanche soir vers 20h. Deux autres semaines de campagne suivront jusqu’au second tour le 7 mai. Les élections législatives auront dans la foulée lieu les 11 et 18 juin.

Dossier
La France en campagne

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