A quoi ressemblera la France du second semestre 2020? Quels seront les défis que la population, tout juste déconfinée, devra affronter, au-delà du coronavirus dont la menace demeurera présente? De cet horizon essentiel pour motiver une nation à poursuivre son effort collectif, le premier ministre français n’a presque pas parlé. L’objectif demeure avant tout sanitaire. La baisse, depuis le 14 avril, du nombre de patients hospitalisés (28 000 ces jours-ci contre 32 000) et de malades en réanimation (4600 contre 7100) est le principal indicateur de l’action publique. A partir du 11 mai, la levée du confinement strict, avec attestations dérogatoires et contrôles policiers, ne sera finalement qu’une transition. Dans l’ombre d’un Etat toujours plus fort et omniprésent, dont les préfets seront plus que jamais les proconsuls, département par département…

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Cette vision d’une France administrée, sous état d’urgence sanitaire prolongé jusqu’au 23 juillet, et sur laquelle le parlement ne votera qu’à la marge, n’est pas de nature à redonner confiance à un pays divisé et en proie au doute. Depuis le début de cette crise du Covid-19, une majorité de français estiment, à tort ou à raison, que le pouvoir exécutif navigue à vue, piégé par la pénurie de masques, les querelles entre scientifiques et protégé par les pouvoirs étendus donnés aux forces de l’ordre. La question «comment en sortir?» n’a donc en rien été réglée par cette intervention ponctuée de réprimandes du chef du gouvernement envers les experts et les médias. Le sentiment de fébrilité au sommet de l’Etat demeure.

Pour sortir d’une tempête, tout navire a besoin de retrouver un cap après avoir évité le naufrage. Malgré la solidité avérée de son système de santé, la France encore convalescente n’a toujours pas collectivement la force de s’en fixer un. S’il veut convaincre, Emmanuel Macron devra y remédier d’ici au 11 mai.