Il manque aux «gilets jaunes» un leader incontesté et charismatique. Nul doute que s’il disposait d’un tel homme ou d’une telle femme, capable de défier l’ensemble de la classe politique comme ce fut le cas en Italie avec le comique Beppe Grillo, le mouvement de protestation entamé à la mi-novembre représenterait aujourd’hui une menace politique majeure.

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La «chance» d’Emmanuel Macron est, pour l’heure, de n’avoir contre lui que des porteurs de revendications catégorielles, divisés de surcroît au sujet de la stratégie à adopter. Les uns, comme les égéries précoces de cette «fièvre jaune» Ingrid Levavasseur et Jacline Mouraud, préconisant un engagement sur le terrain des urnes. Les autres, comme les agitateurs Eric Drouet ou Maxime Nicolle, privilégiant la piste du rapport de force dans la rue…

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Plus question de semer la panique

La question, alors que le «grand débat national» lancé le 15 janvier accouche d’un foisonnement inédit de discussions, de rencontres voire d’émissions télévisées à forte audience, est de savoir si la France va ainsi éviter une spirale «à l’italienne». Or rien n’est moins sûr.

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Dans les villes moyennes, dans ce pays «périphérique» qui se sent oublié par les élites politiques parisiennes, la défiance atteint des sommets et l’envie de démocratie directe, accompagnée d’un rejet des élus «privilégiés», est une lame de fond similaire à celle du Mouvement 5 étoiles, que La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon peine à capter. Tandis que, du côté souverainiste, le Rassemblement national de Marine Le Pen déploie un agenda en tout point salviniste. Plus question de semer la panique avec un référendum sur l’euro, voire sur le Frexit. C’est de l’intérieur, à Bruxelles, en bloquant tout ce qui peut l’être, que la présidente du RN veut gripper la machine communautaire et la détricoter.

Destins entrecroisés

Le duel populiste à l’italienne n’est pas un scénario que l’on peut écarter en France. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard, ni seulement une question de personnalités, si le tandem Salvini-Di Maio est aujourd’hui en guerre ouverte contre Emmanuel Macron. Lequel, reparti en campagne, voit dans cette crise politique avec la Péninsule l’occasion de se démarquer et d’apparaître comme l’incontournable recours pour la majorité silencieuse des électeurs français.

La France et l’Italie sont deux sœurs dont le destin s’est toujours entrecroisé. Et les bouleversements du champ politique, accélérés par internet, les réseaux sociaux et l’accumulation de colères populaires face à la mondialisation et aux migrations, ont fait sauter les digues. Si le «grand débat» s’achève sans résultats tangibles, et qu’Emmanuel Macron retombe dans le piège d’un télévangélisme électoraliste, la tempête populiste qui a secoué Rome pourrait bien, demain, assombrir le ciel de Paris.