Les écologistes en rêvent: prendre le contrôle de plusieurs grandes villes de France, à l'occasion du second tour des élections municipales ce dimanche, serait pour eux le meilleur moyen d'influer sur le débat politique national, après leur succès de mai 2019 aux élections européennes (13,5% des suffrages). Un tel scénario, de l'avis des observateurs, est possible si l'électorat vert, en particulier les jeunes, se mobilisent autant qu'au premier tour organisé le 15 mars, alors que l'épidémie de coronavirus déferlait sur le pays. 47 millions d'électeurs étaient appelés aux urnes pour élire leurs maires dans les 36 000 communes de France ce jour-là. La participation avait plafonné à 46,5% (prés de 20% de plus d'abstentions que lors du précédent scrutin municipal, en 2014). Les candidats écologistes étaient alors arrivés en tête à Grenoble (seule ville de plus de 100 000 habitants dirigée par un maire sortant écolo, Eric Piolle), Lyon, Strasbourg, Besançon et Tours. Et ils étaient sortis très bien placés à Lille, Bordeaux, Rennes ou Rouen...

Ce dimanche est un jour de vote trés particulier. D'ordinaire, une semaine seulement sépare en France les deux tours des élections municipales. Or l'épidémie de Covid 19 est passée par là, obligeant à un report du deuxième tour dans 4 947 communes - le chiffre exact sera inférieur car le scrutin a été à nouveau reporté, pour cause de coronavirus, dans le département d'outre mer de la Guyane, frontalier du Brésil - dont 43 des 57 villes françaises de plus de 100 000 habitants. La leçon de cette journée sera donc aussi l'impact de la crise sanitaire sur le vote et sur la cote de popularité des maires sortants, mobilisés lors de l'épidémie.

Trois maires dans le collimateur

Trois maires historiques de grandes villes sont dans le collimateur: l'ex socialiste Gérard Collomb à Lyon, assuré de perdre son fauteuil de maire mais allié à la droite pour sauver les meubles; la socialiste Martine Aubry à Lille, en ballotage compliqué et le sortant conservateur à Perpignan Jean-Marc Pujol, menacé par Louis Aliot, seul candidat du Rassemblement National (Extrème droite) capable de s'emparer d'une métropole. Trois «héritages» politiques s'annoncent par ailleurs délicats: à Bordeaux, où le successeur d'Alain Juppé, Nicolas Florian (droite) est en difficulté malgré son alliance avec la liste pro-Macron; à Marseille où l'héritière de Jean-Claude Gaudin, Martine Vassal (droite) est en difficulté face à la candidate de la gauche unie Michèle Rubirola et Le Havre où le premier ministre Edouard Philippe veut reconquérir son siège de maire abandonné en 2017 pour accéder à la tête du gouvernement. Bizarrerie française: ce dernier se présente alors qu'il ne siégera pas à la mairie s'il est reconduit à la tête du gouvernement. Son avenir national serait par ailleurs trés compromis s'il devait perdre face à son adversaire communiste Jean-Paul Lecoq. 

Parmi les facteurs décisifs de ce scrutin: la participation. A la mi journée, elle s'élevait seulement à 15,3%, mais le scrutin se termine à 20 heures dans toutes les grandes villes. La question, pour les conservateurs, est de savoir s'ils pourront compter sur le vote des retraités, tentés de rester chez eux pour se protéger du coronavirus. L'inverse vaut pour les écologistes: si les jeunes, qui leur sont favorables, ne se déplacent pas, leur poussée du premier tour pourrait bien faire long feu. 

Les premiers résultats seront connus à partir de 20 heures. 

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