Francesc Homs: «Le mouvement

de la Catalogne est irréversible»

Espagne La région consultera sa population en novembre

Rencontre avec le ministre de la présidence

Qu’est-ce qui fait courir les indépendantistes catalans? Ministre de la présidence au sein du gouvernement de la Catalogne (Generalitat), Francesc Homs était invité vendredi à Genève par le Global Studies Institute. Alors que les Catalans doivent se prononcer sur leur avenir le 9 novembre prochain, le chemin est, selon lui, «irréversible».

Le Temps: Votre gouvernement s’est engagé à marche forcée dans l’organisation du référendum sur l’autodétermination. Voyez-vous encore un espoir de compromis avec Madrid?

Francesc Homs: Franchement, non. Nous avons tenté sans succès de trouver un accord avec le gouvernement espagnol. Tout ce que nous demandons désormais à l’Etat espagnol, c’est qu’il nous laisse faire.

– Cette consultation a été jugée contraire à la Constitution à Madrid…

– Il y aurait manière de trouver un cadre légal. Je trouve particulièrement triste que le débat se résume au fait de savoir si l’on peut ou non consulter la population. A aucun moment on n’aborde le fond de la question.

– Le débat sur l’indépendance catalane se double, en Espagne, d’une énorme désaffection vis-à-vis du pouvoir. Le nationalisme est-il mobilisateur?

– En Catalogne, il y a actuellement un projet commun. Dans cette perspective, nous avons réduit notre déficit budgétaire comme personne d’autre en Espagne, afin de sortir de la crise économique. En Catalogne, nous ne partageons pas «le rythme de la sieste» qui a cours au sein de l’Etat espagnol.

– La Catalogne bénéficie d’un degré certain d’autonomie; c’est une région riche en comparaison avec le reste du pays… Ne craignez-vous pas de passer pour des égoïstes?

– Cela n’est pas vrai. L’intervention des pouvoirs centraux est de plus en plus lourde. Le taux de financement par habitant de la part de Madrid est l’un des plus bas de toute l’Espagne. Penser que les aspirations du peuple catalan se réduisent à ces considérations d’égoïstes riches, c’est ne pas comprendre ce que notre réalité représente. La Generalitat dans laquelle je m’inscris aujourd’hui est née il y a six cent cinquante ans. Ce n’est pas une invention.

– Pensez-vous qu’une Catalogne indépendante ne sera pas en mesure d’adhérer à l’Union européenne?

– Non, pas le moins du monde. Comment l’Europe pourrait-elle justifier le fait qu’elle accueille des Etats issus de la guerre, alors qu’elle refuserait l’entrée d’un pays qui provient d’une démocratie? Quant à l’Espagne, elle a davantage à perdre que nous. Après tout, c’est bien l’Etat espagnol qui a contracté l’entièreté de la dette espagnole. Il a tout intérêt à trouver une issue négociée.

– La récente abdication du roi Juan Carlos pourrait-elle être de nature à arrondir les angles?

– Le prince Felipe est quelqu’un de très respectable qui a été bien préparé pour accomplir sa tâche. Il a en outre une certaine sensibilité à l’égard de la réalité de la Catalogne. Mais il ne fait aucun doute qu’il est Espagnol et qu’il défend le point de vue de l’Espagne.

– Pourrait-on envisager une formule où la Catalogne deviendrait indépendante mais resterait sous la haute autorité de la couronne espagnole?

– C’est une idée que j’ai défendue pour ainsi dire toute ma vie, mais qui n’a jamais été retenue. Aujourd’hui, tout semble indiquer que nous sommes ailleurs. Mais mon instinct me dit qu’il faut garder toutes les portes ouvertes tout en continuant ce que nous faisons, à savoir l’organisation de notre référendum.

– Les récentes élections européennes ont signifié une percée des partis contestataires. Quelle leçon en tirez-vous?

– Notez qu’en Catalogne, ce sont les partis «du système» qui ont gagné, dont nous-mêmes (Convergencia i Unio). En Espagne, au contraire, avec l’atomisation du vote, on a l’impression d’une crise profonde. L’Espagne ne sait pas ce qu’elle veut faire quand elle sera grande. Elle se contente de gérer l’inertie.