Désigné candidat du centre gauche en octobre dernier, le maire de Rome, Francesco Rutelli, a attendu que la porte sainte de la basilique Saint-Pierre, ouverte à l'occasion du Jubilé, soit refermée pour s'engager pleinement dans la campagne électorale. Après sept ans passés au «Capitole», le jeune édile a ainsi démissionné, lundi, de son fauteuil municipal pour se consacrer exclusivement à «la remontée» du centre gauche face à Silvio Berlusconi, le leader du centre droit donné vainqueur dans les sondages.

«Je laisse aux Romains une cité à nouveau orgueilleuse et confiante», a célébré Francesco Rutelli qui se propose d'être «le maire de l'Italie» alors que son adversaire, le magnat de la communication, par ailleurs plus grosse fortune du pays, préfère lui, se présenter comme le potentiel «entrepreneur de l'Italie». Forcément «optimiste», le candidat du centre gauche a tenu à souligner que l'écart entre les deux coalitions se resserrait à trois mois du scrutin qui devrait avoir lieu entre le 22 avril et le 6 mai.

Un sondage publié hier par le quotidien La Stampa plaçait le centre gauche à 44,8%, soit en hausse de près de deux points par rapport à juillet dernier. A l'inverse, la «Maison des Libertés» aurait perdu cinq points sur la même période mais recueille encore près de 51% des intentions de vote. Francesco Rutelli veut croire que la partie est encore jouable. Pour nombre d'observateurs, même en période post-jubilaire, cette appréciation s'apparente à un vœu pieux. Faute d'une réforme de la loi électorale dans un sens proportionnel, les communistes de Refondation ont fait savoir qu'ils ne signeraient aucun accord avec Rutelli. A partir de ce mardi, le parlement italien devrait examiner un projet de révision du système électoral. Mais plusieurs représentants de la majorité estiment qu'il serait politiquement déraisonnable de modifier les règles de la compétition à quelques semaines du scrutin.

Autre épine pour Francesco Rutelli: alors que toute l'opposition marche en rangs serrés derrière Berlusconi, le centre gauche continue d'être en proie aux divisions et autres rancœurs personnelles. La semaine dernière, le président du Conseil, Giuliano Amato, un temps pressenti pour diriger la coalition, a publiquement estimé: «D'ici aux élections, nous ne réussirons pas à convaincre les partis de se faire tout petits. Nous ne pouvons qu'espérer que l'image de Rutelli, jeune et sympathique, puisse prévaloir sur tout.» Encore plus explicite, le ministre de l'Université, Ortensio Zecchino, a déclaré hier: «Rutelli n'est qu'un visage. Il a été couronné, mais on n'a pas encore compris s'il avait un projet.»