Francisco Sagasti a prêté serment, mardi, devenant officiellement le nouveau président du Pérou. «Je jure devant la patrie et tous les Péruviens exercer la charge de président», a déclaré Francisco Sagasti, lors d’une session plénière du Parlement. Il a aussitôt promis que les élections présidentielles et législatives du 11 avril auraient lieu «sans contre-temps» et seront «absolument transparentes».

Le parlement péruvien a élu, lundi, le député centriste Francisco Sagasti président par intérim, après une semaine de chaos politique qui a vu la destitution du président Martin Vizcarra puis la démission de son successeur Manuel Merino.

Francisco Sagasti, seul candidat, a été élu avec 97 voix sur 123 suffrages exprimés président du parlement par les députés et devient automatiquement chef de l'Etat. Son mandat court jusqu'au 28 juillet 2021, date à laquelle devait s'achever celui du président Martin Vizcarra, destitué le 9 novembre.

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Normalement, quand le président du Pérou est destitué, c'est le vice-président qui assure l'intérim. Mais le pays n'a plus de vice-président depuis une précédente crise politique survenue il y a un an, et dans ce cas c'est le président du parlement qui devient chef de l'Etat par intérim, selon les dispositions de la Constitution.

La mort de deux manifestants mentionnée

«Ce qui manque à notre pays en ce moment, c'est la confiance. Faites-nous confiance, nous agirons comme nous le disons», a déclaré devant le parlement Francisco Sagasti, qui sera officiellement investi mardi.

Francisco Sagasti a mentionné dans son intervention les deux manifestants morts samedi au cours d'une manifestation réprimée par la police. «Quand un Péruvien meurt, et plus encore s'il est jeune, c'est tout le Pérou qui est en deuil. Et s'il meurt en défendant la démocratie, le deuil est aggravé par l'indignation», a-t-il déclaré.

Une enquête préliminaire a été ouverte sur la mort des deux manifestants samedi, apparemment tués par des tirs de la police, mais aussi pour les «blessures graves» de dizaines d'autres. L'ONU a également annoncé l'envoi d'une mission dans le pays pour enquêter sur de présumées violations des droits humains.

Une brève gouvernance de Manuel Merino

La destitution de Martin Vizcarra, mis en défaut par une procédure expéditive qui témoigne de la fragilité des institutions péruviennes, a plongé le pays de 33 millions d'habitants dans une énième crise politique.

Son remplaçant, l'ex-chef du parlement Manuel Merino était sorti de l'anonymat en septembre en initiant contre Martin Vizcarra une première procédure de destitution qui n'avait pas abouti. Il a annoncé dimanche, cinq jours seulement après son accession au pouvoir, qu'il quittait ses fonctions, au lendemain d'une violente répression des manifestations exigeant son départ, qui a fait, outre les deux morts, une centaine de blessés.

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Francisco Sagasti, surnommé Don Quichotte en raison de sa barbe grisonnante et de sa silhouette longiligne, a cofondé en 2016 le parti centriste Morado (Parti violet), le seul qui n'a pas voté pour la destitution de Martin Vizcarra. Cet ingénieur de formation, ex-professeur d'université ayant aussi travaillé pour la Banque mondiale, a été élu député pour la première fois en mars 2020.

Une élection saluée par Martin Vizcarra

Son élection a la tête du pays a été saluée par des centaines de manifestants rassemblés aux abords du parlement, et par des concerts de klaxons dans les rues de la capitale, ont constaté des journalistes de l'Agence France Presse (AFP).

«Je félicite Francisco Sagasti pour son élection à la présidence du parlement. Seule une personne ayant des principes démocratiques pourra affronter la situation difficile que traverse le pays», a réagi Martin Vizcarra sur Twitter.

C'est «le scénario idéal» pour surmonter la crise politique car Francisco Sagasti a été «l'un de ceux qui ont voté contre la destitution de Vizcarra», a estimé auprès de l'AFP l'ex-président de l'ONG Transparency International, José Carlos Ugaz.

Parallèlement, la députée de gauche Mirtha Vasquez a été élue présidente du parlement. Les prochaines élections générales sont prévues le 11 avril 2021.