L'Union pour la démocratie française (UDF) du centriste François Bayrou est-elle dans la majorité ou dans l'opposition? Et quelle attitude doit-elle adopter si elle «a vocation un jour à être une alternance en France» comme l'affirme la députée européenne centriste Marielle de Sarnez? La réponse ne peut plus être différée depuis que Nicolas Sarkozy, devenu président de l'UMP, tente de rendre l'ancien parti chiraquien indépendant du gouvernement. Et depuis que François Hollande, grâce à sa victoire au référendum interne sur la Constitution européenne, a isolé l'aile gauche du Parti socialiste. L'UDF est en congrès ce week-end à Paris. François Bayrou sera réélu sans surprise à sa présidence. Les 44 000 membres ont voté. Il était le seul candidat.

Jusqu'ici, François Bayrou a navigué entre ses alliances électorales avec l'UMP, la participation d'un membre de l'UDF au gouvernement (Gilles de Robien, ministre de l'Equipement et des Transports) et des manifestations d'indépendance sourcilleuse sur certains dossiers sociaux et européens. Sans aller jusqu'à la rupture, le président de l'UDF a eu des mots très durs pour la politique du gouvernement et pour le président, qu'il accuse de distribuer aux Français des promesses irréalisables. Au point que Gilles de Robien, à la veille du congrès, a lancé un rappel à l'ordre. «Sans vouloir porter atteinte à la liberté de parole de François Bayrou, ni à ses légitimes ambitions présidentielles, il y a des lignes jaunes à ne pas franchir quand on est dans la majorité», a-t-il déclaré à Libération.

«Nous avons vingt-quatre mois pour préparer l'alternance», dit François Bayrou. Dans l'immédiat, l'UDF met l'accent sur la campagne pour la ratification du Traité constitutionnel européen et sur ce que François Bayrou appelle la «nouvelle fracture sociale».

«Difficultés croissantes»

«Autrefois, la fracture sociale, explique-t-il au quotidien Le Parisien, c'était les exclus et les chômeurs, et puis il y avait toute une France moyenne qui n'allait pas si mal. Cette France-là est, à son tour, touchée. Seule, une fraction extrêmement minoritaire – celle qui a le plus de chance – tire son épingle du jeu.» Autrement dit, si le gouvernement et le président de la République ont pris conscience au moment des élections de 2004 qu'il fallait accroître l'effort en faveur des plus défavorisés (avec le plan de cohésion sociale élaboré par Jean-Louis Borloo, un ministre transfuge de l'UDF), ils continuent de gouverner pour les nantis en promettant des baisses d'impôts et laissent se tasser le pouvoir d'achat des classes moyennes.

«La majorité des Français rencontrent des difficultés croissantes et, comme personne n'en parle, ils ont le sentiment d'être mis de côté, de rester sur le bord de la route», dit aussi François Bayrou. En parlant de cette majorité et en s'appuyant sur elle, il espère donner une base sociale à l'UDF pour en faire un parti capable de rivaliser avec l'UMP et le Parti socialiste, et de porter son candidat – c'est-à-dire lui-même – à la présidence de la République.