François Fillon, comploteur anti-Sarkozy

France L’ancien premier ministre aurait intrigué à l’Elysée contre l’ex-président

Les révélations du «Monde» font l’effet d’une bombe

François Fillon parviendra-t-il à se dépêtrer du piège qu’il semble avoir voulu tendre à Nicolas Sarkozy?

Cela paraît de moins en moins probable, au fil des révélations sur son déjeuner du 24 juin avec l’actuel secrétaire général de l’Elysée, Jean-Pierre Jouyet, qui fut son secrétaire d’Etat aux Affaires européennes en 2007-2008. Invité au journal de TF1 dimanche soir, l’ancien premier ministre François Fillon a démenti en bloc les allégations des journalistes du Monde, Gérard Davet et Fabrice Lhomme, selon qui il aurait demandé au pouvoir socialiste d’«accélérer» les procédures contre Nicolas Sarkozy, pour lui «casser les pattes de devant» et empêcher son retour dans l’arène. L’ancien premier ministre a porté plainte contre Le Monde et a promis de «rendre coup pour coup».

Il est contredit par Jean-Pierre Jouyet qui, après avoir initialement démenti tout échange à propos des charges judiciaires pesant sur l’ancien président, a fini par se rétracter et admettre avoir discuté avec son convive de l’affaire Bygmalion, et des pénalités payées par l’UMP en raison du dépassement des comptes de campagne lors de la présidentielle de 2012.

Qui ment? Les journalistes du Monde ont la clé de l’énigme: ils affirment détenir un enregistrement dans lequel Jean-Pierre Jouyet leur confirme les propos tenus par François Fillon. Ce dernier réplique en réclamant que les éventuelles preuves qu’auraient contre lui les deux journalistes soient rendues publiques.

Le duel au couteau entre François Fillon et Nicolas Sarkozy est connu. Depuis son départ de Matignon, où il est resté, en soldat obéissant, tout au long du quinquennat précédent, l’ancien premier ministre ne cesse de raconter partout combien l’ex-chef de l’Etat l’a humilié, refusant même de le recevoir en fin de mandat hors des rencontres rituelles avant chaque Conseil des ministres. Nicolas Sarkozy, de son côté, multiplie depuis des mois les attaques cinglantes contre son ancien bras droit, allant jusqu’à dire devant des journalistes qu’il «n’a pas de couilles», qu’il est «épouvanté par ses propres ambitions» et «qu’il se couchera à la fin de toute façon» s’il emporte la présidence de l’UMP. De quoi rendre François Fillon furieux. Et le décider à sortir un poignard politico-judiciaire pour tenter de tuer son ancien mentor, qui le distance en popularité auprès des militants et dans les sondages.

Le scénario du 24 juin est-il, pour autant, celui d’une machination filloniste pure et dure? A voir. Car la personnalité de Jean-Pierre Jouyet peut laisser prise à d’autres interprétations: condisciple de François Hollande – dont il est très proche de longue date – au sein de la promotion Voltaire de l’ENA, lié par son épouse à la famille des champagnes Taittinger et ancien collaborateur de Jacques Delors à Bruxelles, le secrétaire général de l’Elysée est roué aux couloirs de la politique hexagonale et aime, derrière sa façade de grand commis de l’Etat, distiller coups et rumeurs. Animateur du collectif socialo-centriste Les Gracques, il avait été d’ailleurs considéré comme un «traître» par de nombreux socialistes lorsqu’il avait accepté un poste ministériel sous Nicolas Sarkozy. Une brouille s’était alors installée entre lui et François Hollande. Le voilà maintenant, tout comme Claude Guéant sous le quinquennat précédent, soupçonné de basses manœuvres politiciennes.

«On ne peut pas exclure une triple faute de Jouyet: avoir rencontré Fillon, l’avoir laissé évoquer le cas judiciaire de Sarkozy, puis s’en être ouvert à des journalistes qui, peut-être, ont ensuite rompu leurs promesses de ne pas le citer», note un ex-conseiller de l’Elysée, parti lorsque Jean-Pierre Jouyet est arrivé en avril, parallèlement à la nomination de Manuel Valls à Matignon. Ses détracteurs rappellent aussi qu’après la présidentielle de 2012, Jean-Pierre Jouyet avait déjà semé le trouble en annonçant le premier la nomination de Jean-Marc Ayrault à Matignon. «Il y a toujours à ce poste clef, la tentation de vouloir faire de la politique. Rappelez-vous le cabinet noir de Dominique de Villepin sous Chirac», ajoute notre interlocuteur.

François Fillon dit s’être entretenu au téléphone ce week-end avec Nicolas Sarkozy. Mais quelles que soient ses dénégations, le doute s’installera sur son tempérament et sa stature, alors qu’il est candidat déclaré aux primaires à droite pour la présidentielle de 2017, face à Alain Juppé et Nicolas Sarkozy. Longtemps considéré comme un éternel numéro deux, l’ancien premier ministre apparaît maintenant comme un manipulateur peu doué. En redonnant au passage à son ex-patron l’occasion de se présenter, une fois de plus, comme la victime d’un injuste complot.

Le scénario du 24 juin est-il, pour autant, celui d’une machination filloniste pure et dure?