L’ovation debout que les députés de la majorité ont réservée au premier ministre, mercredi sur le coup des 15 heures à l’Assemblée nationale, a résonné avant même que François Fillon ne commence son discours. Une déclaration de politique générale de quarante-cinq minutes, fortement teintée des enjeux économiques et budgétaires engendrés par la crise, ponctuée d’applaudissements à droite et de huées à gauche.

«Tenir le cap des réformes et assumer le choix de la vertu budgétaire»: ce sont les mots d’ordre. Durant les dix-huit mois qui séparent le récent remaniement ministériel, marqué par le maintien de François Fillon à son poste, et l’élection présidentielle de 2012, la politique du pays s’inscrira dans la continuité, a confirmé le chef du gouvernement.

François Fillon, qui le premier, au cours de l’été, avait osé utiliser le terme de «rigueur», a poursuivi sur ce registre. Il a expliqué que «l’équilibre de la politique économique» passerait par «la rigueur budgétaire pour réduire les déficits» et par des investissements pour «aller chercher la croissance sur les segments les plus porteurs de l’économie». «Il faut nous libérer des déficits, a-t-il lancé, pour maintenir les taux d’intérêt à un niveau aussi bas que possible et retrouver des marges de manœuvre.»

S’agissant de la gestion des dépenses, «condition de la croissance», l’effort de redressement est tout tracé. «Alors que le déficit atteint 7,7% du PIB en 2010, nous reviendrons à 6% en 2011, 4,6% en 2012, 3% en 2013 et 2% en 2014», a confirmé François Fillon. «Dans ces conditions, la dette publique sera stabilisée à partir de 2012 et commencera à décroître ensuite.» Le budget table sur une stabilisation des dépenses jusqu’en 2013 et sur la poursuite de la baisse du nombre de fonctionnaires. Le non-remplacement d’un départ à la retraite sur deux engendre une diminution des effectifs de l’Etat de 30 000 personnes par an, a-t-il rappelé. Le premier ministre a également annoncé que le gouvernement souhaite «inscrire dans la Constitution des principes garantissant la maîtrise des finances publiques».

En parallèle, des «investissements d’avenir» sont prévus pour renforcer «les secteurs stratégiques» et donc la «compétitivité économique et scientifique de la France». Trente-cinq milliards d’euros seront dépensés: 19 milliards seront affectés à l’enseignement supérieur et à la recherche; 6,5 milliards iront aux filières industrielles et aux PME; 5 milliards au développement durable et 4,5 milliards à l’économie numérique. Les transports, l’aéronautique, la construction automobile, l’agroalimentaire et l’énergie nucléaire sont les autres «atouts sur lesquels nous allons miser», a ajouté le chef du gouvernement.

François Fillon a également insisté sur la poursuite des réformes. Le gouvernement veut continuer à «bâtir une France moderne», à «moderniser la société». Les chantiers qui vont être prochainement lancés, ainsi que l’avait annoncé Nicolas Sarkozy la semaine dernière à la télévision, concernent d’abord la fiscalité, par une «refonte profonde» de celle sur le patrimoine. Mais il n’y aura pas de hausse d’impôts, a promis le premier ministre.

Autre chantier d’importance, la protection sociale, qui englobe la problématique de la dépendance des personnes âgées. «Son coût est estimé à 22 milliards d’euros et il devrait atteindre les 30 milliards dans les prochaines années, souligne François Fillon, car le nombre des plus de 75 ans devrait doubler au cours des prochaines décennies.» Une concertation nationale va être lancée.

Concernant l’emploi, François Fillon a insisté sur la nécessité de «garantir une meilleure insertion professionnelle pour les jeunes». «Nous ne pouvons accepter un taux de chômage qui reste bloqué à 23%.» La promotion de l’apprentissage est une voie à suivre, selon le premier ministre. L’objectif est de doubler le nombre de jeunes – ils sont actuellement 600 000 – qui suivent une formation en alternance.