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François Fillon et Vladimir Poutine à Paris en juin 2011  
© © POOL New / Reuters

France

«François Fillon devra prouver sa fermeté face à Vladimir Poutine»

Désormais favori de la primaire de la droite française, l’ancien premier ministre affiche de longue date ses sentiments pro-russes. Faut-il s’en inquiéter? Réponse et analyse

François Fillon est déjà célébré à Moscou. Dès l’annonce de la victoire de l’ancien premier ministre (2007-2012) au premier tour de la primaire de la droite française dimanche, les médias russes ont salué le succès de cet ami proclamé de Vladimir Poutine. Quelles conséquences en tirer? Les connexions pro-russes du camp Fillon conduiront-elles à un infléchissement problématique pour l’Union européenne de la diplomatie française, alors que le conflit ukrainien perdure et que les bombardements d’Alep sont assimilés par l’ONU à des «crimes de guerre»? Invité à plusieurs reprises aux côtés de François Fillon lors de forums organisés par l’administration russe, comme la fameuse rencontre annuelle du club Valdaï, l’analyste suisse Alain Deletroz, consultant du Centre de politique de sécurité de Genève (GCSP), répond au Temps.

Le Temps: François Fillon le répétait à Lausanne le 19 mai, lors sa participation au «Forum des 100». Pour lui, rétablir un dialogue constructif avec son «ami» Vladimir Poutine est une priorité. Qu’en pensez-vous?

Alain Deletroz: Concrètement, François Fillon demande aujourd’hui la levée des sanctions européennes contre la Russie, mises en place suite à l’annexion – la «réunification» pour employer le terme russe – de la Crimée au début 2014. C’est une proposition forte, qui sous-tend une question encore plus importante: l’Union européenne doit-elle accepter la modification par la force de frontières sur le continent? S’il devient le candidat de la droite française à la présidence de la République, l’ancien premier ministre devra clarifier sa position. J’espère pour ma part qu’il saura faire la différence entre sa volonté d’un dialogue constructif avec la Russie et avec Vladimir Poutine, et la défense des intérêts de l’UE vis-à-vis du Kremlin. Plus il s’affiche comme pro-russe, plus il devra ensuite prouver sa fermeté.

- Vous avez à plusieurs reprises côtoyé François Fillon dans des forums internationaux, à Moscou et à Saint-Pétersbourg. Ses relations avec Poutine sont-elles si amicales?

- Les deux hommes se connaissent et s’apprécient. Cela remonte à l’époque où Vladimir Poutine était, lui aussi, premier ministre (2008-2012). Ensuite, François Fillon a toujours défendu, par exemple, la vente à la Russie des navires de guerre français Mistral, y compris au plus fort de la crise ukrainienne. Je n’ai jamais, en revanche, perçu chez lui la disparition du sens critique. Il sait le dédain que Poutine a pour la démocratie. Il me semble conscient des exagérations problématiques du pouvoir russe, qui accuse l’OTAN de tous les maux et cherche à manipuler l’opinion.

- Sauf que, comme vous le dites vous-même, Vladimir Poutine ne respecte que le rapport de force…

- C’est une réalité sur laquelle le président François Fillon, s’il parvient à l’Elysée en mai 2017, ne devrait pas se faire d’illusion. En Syrie, la Russie applique en ce moment la même méthode que celle utilisée pour l’emporter militairement en Tchétchénie: l’utilisation de la force la plus massive et brutale. Alep aujourd’hui, c’est Grozny hier. Les dirigeants russes font d’ailleurs en permanence la comparaison, soulignant le redressement économique de la Tchétchénie après la guerre. François Fillon est-il d’accord avec cette politique de la «terre brûlée» que le secrétaire général de l’ONU dénonce comme «crimes de guerre»? Et quid de la situation en Ukraine? Je reviens de Moscou. Il me semble que l’ambiance s’est adoucie et qu’un accord est possible à trouver entre l’Europe et la Russie, à condition que cette dernière accepte de lâcher du lest et fasse des concessions. Fillon doit convaincre Poutine de la nécessité d’un «donnant-donnant» équitable, qui ne met pas l’UE encore plus en difficulté.

- Après l’élection de Donald Trump aux Etats-Unis, la balance géopolitique semble quand même singulièrement peser en faveur du Kremlin…

- Il y a des similitudes entre l’approche de Trump et celle de Fillon, oui. Cela dit, Fillon – ce qui le distingue de Trump – a l’expérience et la carrure d’un homme d’Etat. Lorsqu’il lance, au forum de Saint-Pétersbourg «les alliés, dans le passé, ont bien négocié avec le diable Staline. Pourquoi ne devrions-nous pas aujourd’hui parler avec Poutine?», il tire une comparaison audacieuse. L’amitié ne le rend pas aveugle.

- Les réseaux pro-russes sont très actifs en France. Le candidat Fillon en est-il l’otage?

- Cette mouvance cherchera certainement, s’il est élu, à peser sur ses décisions. Paris est l’une des cibles prioritaires des réseaux pro-Poutine, très actifs au sein de l’élite politique et intellectuelle hexagonale. Mais pour l’heure, et c’est important de le noter, les médias russes y vont prudemment. Le quotidien Kommersant écrivait encore lundi: «Ne nous y trompons pas, François Fillon défendra avant tout les intérêts de la France.»

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