France

François Fillon, l'heure de la défiance

Empêtré dans le «Penelopegate» pour avoir salarié son épouse comme attachée parlementaire, l’ancien premier ministre français voit sa popularité chuter fortement. Le soutien de son camp est loin d’être unanime

Seul. Et de moins en moins populaire. Depuis son intervention jeudi soir au journal télévisé de TF1, et sa promesse de renoncer à l’élection présidentielle de mai 2017 s’il devait être mis en examen, François Fillon voit le désert politique s’installer autour de lui. Hormis son équipe de campagne, et les dirigeants du parti Les Républicains installés par ses soins après sa victoire à la primaire de novembre 2016, l’ancien premier ministre manque de soutiens. Sa cote de popularité est passée en quelques jours de 54% d’opinions favorables à 42% selon l’institut Odoxa. Une chute sévère.

La raison de cette défiance, y compris dans son propre camp, est simple. Beaucoup, au sein et en dehors de la droite française, soupçonnent son épouse Penelope d’avoir bel et bien bénéficié d’un emploi «fictif» à l’Assemblée nationale, puis à la Revue des Deux Mondes, de 1998 à 2012. Plus grave pour l’ancien premier ministre: la plupart des ténors du camp conservateur n’ont toujours pas digéré sa victoire, sur la base d’un programme économique libéral et d’une réputation surfaite d’homme neuf, alors qu’il fut le benjamin de l’Assemblée en… 1981. Et une figure incontournable des présidences Chirac et Sarkozy.

«Fillon en a trop fait dans le registre «Je suis un homme différent, jamais inquiété par la justice contrairement à Sarko ou Juppé» juge un député socialiste» Les révélations du Canard Enchainé, publiées mercredi, sont en effet sorties pile la semaine où le candidat doit prononcer l’un de ses grands discours de campagne dimanche à Paris, centré sur l’importance du… travail, la nécessité d’une cure d’amaigrissement des dépenses publiques et la réforme drastique de la sécurité sociale, à laquelle les Français sont très attachés. L’enquête du Canard suit en outre de sérieuses disputes internes sur les investitures pour les législatives de juin 2017, dont plusieurs personnalités sarkozystes ont été privées.

En formulant l’hypothèse de son retrait, si l’enquête ouverte mardi par le parquet national financier conduit à sa mise en examen, l’intéressé a en outre rouvert la foire aux ambitions. Si son rival défait Alain Juppé a «définitivement et clairement» exclu de jouer les recours, d’autres attendent leur heure. Deux figures du parti Les Républicains, l’ancienne ministre de la défense Michèle Alliot-Marie et l’ancien conseiller présidentiel Henri Guaino, restent ainsi résolus à présenter leur candidature à l’Elysée. Nicolas Sarkozy n’a, de son côté, toujours pas digéré que François Fillon mette en avant sa probité personnelle, alors qu’il reste soupçonné d’avoir cherché à obtenir de la gauche au pouvoir une accélération des poursuites en cours contre l’ancien chef de l’Etat, lors de son fameux déjeuner de juin 2014 avec l’actuel secrétaire général de l’Elysée Jean-Pierre Jouyet.

Il faut «sauver Penelope»

S’ajoute à cela, parmi les élus de droite, la crainte d’une suspicion généralisée. Les sénateurs n’ont pas apprécié que François Fillon affirme jeudi soir à la télé qu’il avait «normalement» employé deux de ses enfants, alors étudiants en droit, lorsqu’il siégeait à la Haute assemblée, entre 2005 et 2007. Plusieurs lui reprochent aussi de faire pression sur eux pour «sauver Penelope» et de ne pas tout dire sur son patrimoine. Le Canard Enchainé, pour mémoire, a régulièrement épinglé l’ancien chef du gouvernement pour ses goûts de luxe lorsqu’il était en fonction de 2007 à 2012.

Le rapport de la droite française avec la justice est au coeur de ce «Penelopegate». Même si la gauche a eu son lot de scandales politico-judiciaires avec notamment le procès pour fraude fiscale de l’ancien ministre du Budget Jérôme Cahuzac, les ténors de la droite sont abonnés aux poursuites. On pense à l’affaire Bygmalion de financement de la campagne présidentielle de 2012 ou à l’utilisation des fonds secrets du Ministère de l’intérieur par Claude Guéant, condamné en appel cette semaine.

Les juges du parquet national financier ont commencé à vérifier l’effectivité du travail de Mme Fillon – qui leur a volontairement soumis des documents – et à auditionner des témoins. Mais plus les investigations durent, plus le soupçon risque de s’enraciner.

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