France

François Fillon «ne reviendra pas sur sa candidature»

Le candidat de la droite française a réaffirmé ce mardi devant les députés de Les Républicains qu'il ferait campagne jusqu'au bout. Il fait pourtant face depuis son retour de l’Ile de la Réunion à une opposition redoublée dans son camp conservateur

Ils se sont tus pendant une semaine. La conférence de presse de François Fillon, le 6 février à son QG de campagne à Paris, avait réussi à maîtriser la «bronca» des élus de droite désireux de voir émerger une nouvelle candidature présidentielle au sein de la droite française, par crainte des effets désastreux du «Penelopegate». Mais cette semaine de répit aura été courte. Ce mardi, le vainqueur de la primaire de la droite s’apprêtait à vivre une nouvelle journée difficile à son retour de l’île de la Réunion ce week-end.

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La rencontre hebdomadaire avec les parlementaires des «Républicains» devait se dérouler de nouveau sous le signe des tensions et des plaidoyers pour un «plan B» pour un candidat alternatif, afin de limiter les dégâts causés par les révélations du Canard Enchaîné et d’autres médias sur les rémunérations de son épouse pendant près de quinze ans. Un «plan B» que ses partisans réclament par crainte de voir l’enquête préliminaire ouverte par le Parquet National Financier sur les éventuels emplois fictifs de Pénélope Fillon et ses enfants aboutir à la transmission du dossier à un juge d’instruction, et à d’éventuelles inculpations. Le candidat actuel de la droite a clairement annoncé qu’il se retirera s’il est personnellement mis en examen, ce qui paraît en l’état peu probable.

«Il n'y a pas de solution alternative meilleure»

Il a surtout ce matin exclu une nouvelle fois de démissionner, et réaffirmé qu'il «avait pris sa décision, et qu'il ne reviendrait pas sur sa candidature (...) Il n'y a pas de solution alternative meilleure» à sa candidature.

Côté tactique, François Fillon a pour l’heure l’avantage de sa détermination qu’il a martelé ce week-end. Il mise aussi au maximum sur sa dénonciation du complot médiatique, et sur ses diatribes contre les journalistes qu’il accuse de vouloir «voler» sa nette victoire à la primaire de novembre 2016, face à Nicolas Sarkozy et à Alain Juppé. Le camp Fillon est par ailleurs convaincu qu’un autre candidat manquerait désormais cruellement de temps pour s’imposer, d’où la stratégie actuelle d’attente et de patience. Impossible, selon le QG filloniste, de mener à bien une campagne victorieuse après le 1er mars, en sachant que le premier tour de la présidentielle aura lieu le 23 avril, soit sept semaines plus tard.

Sur le plan pratique en revanche, tout est beaucoup plus compliqué. La première complication vient d’abord des sondages qui placent désormais systématiquement François Fillon en troisième position derrière Marine Le Pen et Emmanuel Macron, ce qui disqualifierait la droite alors que celle-ci était en position idéale pour accéder à l’Elysée le 7 mai 2017, cinq ans après la défaite de Nicolas Sarkozy (dont François Fillon fut l’unique premier ministre du quinquennat). La seconde complication vient du terrain: la relative démobilisation des fédérations locales des «Républicains», mais aussi les critiques virulentes adressées au candidat Fillon lors de ses déplacements, deviennent problématiques car elles obligent ce dernier à limiter ses déplacements.

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Une candidature qui profite à Marine Le Pen

La réalité politique française est donc paradoxale: sur le papier, le pourcentage d’électeurs disponibles au premier tour pour la droite traditionnelle reste, sur le papier, au minimum d’environ 25%, soit largement suffisant pour se qualifier face à la présidente du Front national, avec de bonnes chances de la battre au second tour. Mais dans la réalité, la candidature Fillon se fissure et profite à Marine Le Pen. Les médias, décriés, relatent au quotidien ces difficultés. «Le Monde» a longuement détaillé, dans son édition de mardi, les difficultés de la campagne Fillon. La pression sur le candidat qui l’avait emporté par plus de 66% des voix à la primaire demeure donc maximale.

Reste la question piège qui devra bien trouver une réponse dans les jours à venir. Qui, pour remplacer François Fillon avec des chances crédibles de l’emporter à la présidentielle? Jusque-là, personne ne semble être dans cette position. Le seul à pouvoir être rapidement prêt serait sans doute le maire de Bordeaux Alain Juppé, mais ce dernier a par deux fois répété fermement qu’il ne souhaite pas se lancer dans la bataille.

Alors? Le président du Sénat Gérard Larcher apparaît trop âgé et guère capable de tenir face à Emmanuel Macron. Les «jeunes» François Baroin ou Laurent Wauquiez déchirent le parti «Les Républicains». L’ancien premier ministre Jean-Pierre Raffarin ne suscite pas de passion. L’ancien président Nicolas Sarkozy, dont les proches sont soupçonnés d’avoir alimenté la presse, assiste à ce qu’il juge être «une catastrophe programmée». D’où les appels à une candidature originale, qui pourrait être celle de la présidente de la région Ile-de-France Valérie Pécresse… mais sans y croire vraiment.

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Bref: François Fillon demeure en position de force… tout en restant ébranlé et fragilisé. Son meilleur argument est de renouer avec le peuple de droite dont la mobilisation pour les primaires (4,4 millions d’électeurs) a démontré qu’il était favorable à son programme de rupture libérale et conservatrice. Problème: comment renouer avec cette France-là au moment sans sauter, à chaque pas, sur une nouvelle «mine» électorale qui pourrait s’avérer fatale?

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