France

François Fillon nuance sa thérapie de choc libérale pour la France

Le candidat de la droite à la présidentielle française détaille ce lundi son programme économique devant la presse. Affaibli par le «Penelopegate», l’ancien premier ministre continue de plaider pour un «choc de compétitivité», mais sans remettre en cause les fondamentaux sociaux

Deux mots résument la difficulté principale de François Fillon, sur le terrain économique: sécurité sociale. A deux jours de sa convocation par les juges le 15 mars, dans l’affaire des présumés emplois fictifs de son épouse Penelope et de deux de leurs enfants, le candidat de la droite à la présidentielle française doit démontrer que sa volonté de rupture libérale demeure intacte, sans effrayer les électeurs inquiets d’un possible démantèlement de l’assurance-maladie obligatoire et publique, en vigueur dans l’Hexagone depuis l’après-guerre.

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Fait significatif: son évocation des réformes à venir de la sécurité sociale, dont il avait un temps évoqué la privatisation partielle, n’occupe plus qu’une ligne dans son entretien donné ce lundi aux Echos, avant une conférence de presse en fin de matinée pour détailler la nouvelle mouture de son projet. «S’agissant des dépenses de santé, le débat est clos. Je m’en suis expliqué devant la Mutualité française» assène le vainqueur de la primaire de la droite, faisant référence à sa promesse, mi-février, «de ne pas toucher à l’assurance maladie et de ne pas la privatiser». Exit donc, le débat qui aurait pu s’avérer électoralement mortel sur la sécurité sociale à laquelle 84% des Français se disaient encore attachés dans un sondage Odoxa de décembre 2016. Le réformateur libéral Fillon va concentrer le tir sur les entreprises, sur les charges sociales, sur la fiscalité et sur le temps de travail. Son choc de «compétitivité», qu’il promet de mener en une offensive législative tous azimuts dès l’automne 2017, ne sera pas une remise en cause profonde du système. Il n’évoque d’ailleurs nulle part, dans l’entretien, une réforme de l’assurance chômage qui, en France, est l’une des plus généreuses au monde.

Fin des 35 heures programmée

Le libéralisme version François Fillon est avant tout entrepreneurial. Aux entreprises, en somme, de créer des emplois pour ramener le taux de chômage à 7% en 2022 (contre plus de 10% actuellement). Les charges salariales des salariés aux revenus modestes baisseront, avec l’instauration d’un forfait de 350 euros par salarié et par an. La limite légale des 35 heures hebdomadaires de travail toujours en vigueur – malgré plusieurs assouplissements depuis leur instauration en 2000 – sera supprimée. Le code du travail sera «refondu» avec toujours en vue une simplification de cet énorme document de référence de plusieurs milliers de pages. L’âge légal du départ à la retraite passera de 62 à 65 ans. Une grande réforme de l’apprentissage sera engagée (ce que propose aussi Emmanuel Macron) et l’impôt sur les sociétés sera abaissé à 25% «par étapes» contre 33% actuellement.

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L’autre versant de ce choc est fiscal. Le candidat de la droite promet de le faire mener par un gouvernement commando de 15 ministres (Emmanuel Macron propose désormais la même chose) via une salve de réformes législatives ponctuées d’un possible référendum à l’automne 2017. L’impôt sur la fortune sera supprimé. Un prélèvement libératoire de 30% sur les revenus du capital – le système actuel, pondéré par des abattements, peut aller jusqu’à 60% d’imposition – sera instauré. Les investissements dans les petites et moyennes entreprises pourront être en partie (30%) déduits des impôts. Au total, la facture de ces allégements fiscaux promis par François Fillon coûtera 25 milliards d’euros, à laquelle s’ajoutera le coût des baisses de charges. Facture finale selon le candidat dans Les Echos: 40 milliards d’euros, plus dix milliards d’aide financière pour doper le pouvoir d’achat, soit 55 milliards.

Aggravation du déficit

Comment financer, et que réduire dans la dépense de l’Etat pour parvenir à l’objectif affiché par François Fillon de 2,9% de déficit public en 2019, soit à peu près la situation actuelle, à l’issue du quinquennat de François Hollande (la prévision 2017 est de 2,7%)? Là, le choc libéral version Fillon se complique. Une certitude: le déficit se creusera violemment, pour atteindre 3,7% dès la fin 2017, soit un nouveau dépassement des fameux «critères de Maastricht» qu’il faudra faire accepter aux partenaires européens de la France. Deux mesures restent sur le tapis: la suppression de 500 000 emplois de fonctionnaires (sur environ six millions d’employés du service public) en cinq ans. Et un plan d’économies de 100 milliards d’euros sur cinq ans pour «ramener le niveau de dépenses publiques français en dessous des 50% du PIB d’ici à 2022» (contre 56% actuellement). Sauf qu’entre les lignes, François Fillon parle dans Les Echos d’augmenter le temps de travail des fonctionnaires, «d’alléger les contraintes de l’Etat» sans préconiser des coupes franches ou identifier les secteurs touchés par les futures coupes dans l’administration. Nuance, nuance…

Le libéralisme du candidat Fillon, toujours affiché pour démontrer sa volonté de rupture, reste donc à concrétiser. D’autant que l’intéressé affiche sa détermination à sauvegarder «l’euro qui protège l’Europe et la France» via une «forte initiative franco-allemande». La thérapie filloniste laisse beaucoup de place aux annonces. Mais les questions demeurent. Que restera-t-il, par exemple, de la promesse d’un «code de conduite impliquant des règles strictes de solidarité gouvernementale, la prévention des conflits d’intérêts et l’utilisation des moyens publics» de la part d’un candidat qui sera peut-être, ce mercredi, mis en examen pour «détournement de fonds publics» à l’issue d’une information judiciaire qu’il dénonce, mais dont les dommages politiques sur sa crédibilité restent manifestes?

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