Etape 1: négocier un «cessez-le-feu» avec Nicolas Sarkozy. Etape 2: démontrer aux médias que sa capacité à se rendre sur le terrain, à la rencontre des électeurs de droite, n’est pas si entamée que ça. Mercredi, l’agenda de François Fillon résumait sa stratégie pour tenir, alors que le Parquet national financier laisse planer le suspense sur les suites qu’il entend donner à l’enquête préliminaire ouverte le 25 janvier sur les éventuels emplois fictifs de son épouse Penelope et de deux de leurs enfants, Marie et Charles.

Les sarkozystes réclament sa tête

Priorité absolue pour le vainqueur incontesté de la primaire de la droite française de novembre 2016? S’assurer que plus personne, dans son camp, ne va continuer à réclamer haut et fort son renoncement, et décourager toute velléité de putsch au sein de son parti Les Républicains. Tel était l’objectif du repas avec l’ancien président Sarkozy, dont il fut le premier ministre. L’élu candidat de la droite contre Sarko (arrivé en troisième position au premier tour de la primaire derrière Alain Juppé) sait que depuis les révélations du Canard enchaîné fin janvier, les sarkozystes réclament sa tête. Et beaucoup, dans son entourage, soupçonnent certains de leurs figures de proue, comme Brice Hortefeux, d’alimenter les fuites dans les médias.

Le «cessez-le-feu» désiré a-t-il été obtenu? Pas sûr. Mais l’ex-chef de l’Etat, silencieux depuis le début de l’affaire, attendait un geste, assorti de promesses pour ses proches comme le maire de Troyes François Baroin, évoqué parfois comme «plan B» pour l’Elysée. C’est désormais chose faite.

Côté campagne et terrain, l’équipe de François Fillon n’a réservé sur son agenda qu’un seul déplacement cette semaine, hier soir à Compiègne. Un lieu pas du tout innocent: fief conservateur, à une centaine de kilomètres de Paris, Compiègne incarne ces terroirs agricoles aisés dans lesquels le candidat Fillon doit absolument s’imposer au premier tour du scrutin le 23 avril, s’il veut se qualifier pour le duel final du 7 mai.

Tour de France des ténors de la droite

Juste avant, le QG du candidat Fillon avait par ailleurs annoncé le coup d’envoi les 16 et 17 février d’un tour de France de 17 ténors de droite favorables à sa candidature. Le président du Sénat Gérard Larcher, le patron des Républicains Bernard Accoyer, l’ex-ministre du Travail, Eric Woerth, mais aussi François Baroin iront à la rencontre des Français.

Un quadrillage qui, en plus d’obliger les dirigeants conservateurs à serrer les rangs, permet de gagner un temps précieux. C’est en effet le 17 mars que les candidats à la présidentielle devront déposer au Conseil constitutionnel leurs 500 parrainages d’élus indispensables. Une date butoir pour tous ses concurrents potentiels à droite. Lesquels, s’ils veulent l’affronter risquent de manquer cruellement de temps.

Diabolisation des médias

L’autre volet de la stratégie Fillon consiste à essayer, le plus possible, de profiter du divorce ambiant entre les Français et leurs médias. D’abord en diabolisant ces derniers, qu’il accuse de mener une campagne indigne et biaisée contre lui. Ensuite, en essayant le plus possible de capitaliser sur le succès de la primaire. Fillon «l’outsider» avait remporté celle-ci grâce à ses propositions de réformes économiques d’inspiration libérale et à son positionnement comme candidat de l’ordre capable d’affronter Marine Le Pen sur ce terrain.

Bis repetita mercredi au sortir de son déjeuner avec Sarkozy: l’ancien premier ministre, en pleines convulsions des banlieues, a proposé de ramener la majorité pénale à 16 ans. Message: il ne sera pas un président laxiste. Alors que les médias, pendant ce temps, prennent la défense du jeune Théo violemment interpellé à Aulnay-sous-Bois le 2 février.

Décisions attendues du Parquet national financier

Tout cela suffira-t-il à relancer la machine Fillon? Possible, si son décrochage actuel dans les sondages (il est passé de 22 à 18% au premier tour, pour se stabiliser vers 20%) ne s’aggrave pas, preuve que son électorat passe l’éponge. Plausible surtout si les décisions attendues du Parquet national financier – que son entourage fait tout pour discréditer – ne l’accablent pas et ne mettent pas son épouse Pénélope dans une situation impossible.


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