France

François Fillon, le test du «pays réel»

Affublé par ses adversaires d’une image d’éternel second, l’ancien premier ministre a longtemps été donné perdant. Il est en tête du dernier sondage des intentions de vote du Monde. Et sur le terrain, ses partisans se sont démultipliés pour défendre son projet de droite «solide et crédible»

C’est peut-être ici que tout s’est joué. Nous sommes le 30 septembre. Sur les rives de la Loire, à 150 kilomètres de son fief électoral historique de Sablé-sur-Sarthe, François Fillon vient tenir un meeting à Tours, une ville où la droite locale vibre au retour de Nicolas Sarkozy. L’appareil du parti Les Républicains accueille poliment l’ancien premier ministre, tandis que ses partisans ont préféré, eux, se tenir à l’écart et miser sur la société civile pour remplir les 700 places de la salle des Halles.

Salle comble

«C’est en dehors du parti que Fillon est le plus fort, lorsqu’il rencontre le public de droite traditionnel qui est à son image: sérieux, conservateur, discipliné…», explique l’ancien ministre Hervé Novelli, qui, dans l’équipe gouvernementale de son mentor, créa en 2008 le statut d’auto-entrepreneur. Bien vu.

Fillon fait ce jour-là salle comble. Il ne lâche rien malgré de piteux sondages. «Les gens adhèrent à son discours, car il dit des choses simples, frappées au coin du bon sens, comme la nécessité de réduire les dépenses publiques», poursuit Eric Deforge, un volontaire tourangeau de la campagne Fillon.

«Fillon est authentique. Honnête.»

Fonctionnaire de police quadragénaire, Eric aurait pourtant des raisons de voir ailleurs. Si Fillon tient parole, les coupes dans la fonction publique seront sévères durant son mandat (il promet de supprimer environ 500 000 postes). Sauf que le programme n’est pas tout: «Il tient la route dans les trois domaines où l’on attend un dirigeant: la compétence, l’honnêteté et le refus du bling-bling médiatique», complète cet ancien CRS, familier des banlieues parisiennes les plus violentes. Une charge suit contre les journalistes qui, lors du troisième débat télévisé de jeudi soir, auraient tenté de déstabiliser l’ancien chef du gouvernement.

Lire: Trois hommes dominent la finale de la primaire de droite

Haro sur Jean-Pierre Elkabbach, l’interviewer d’Europe 1 assailli de reproches pour avoir «sans cesse cherché à provoquer la bagarre» sur le plateau de France 2, et sermonné en direct par François Fillon: «Vous croyez que les Français n’ont pas de mémoire? Ils savent que Juppé a été condamné, et que Sarkozy accumule les démêlés judiciaires. Les médias confondent charisme et authenticité. Fillon est authentique. Honnête. C’est ce qu’il a montré devant les caméras.»

Des qualités qui fonctionnent sur le terrain

Alain Juppé, redit-on à nos interlocuteurs, n’en fait pas moins depuis le début la course des primaires en tête. Nicolas Sarkozy, lui, dispose d’un très solide fan-club. Alors? Olivier Thillaye, patron d’une agence de communication, y voit justement la faille. «Je fais partie de ces fillonistes non encartés aux Républicains, car l’on n’a pas confiance dans les appareils. J’ai lu Faire (Ed. Albin Michel), le livre-programme de François Fillon, et j’y ai retrouvé le souci du quotidien des entrepreneurs, les revendications de la France réelle.»

Autre qualité, peu avantageuse devant les caméras, mais qui fonctionne selon lui sur le terrain: «La modestie, l’écoute, une sérénité dans l’analyse.» Pas étonnant, dès lors, que Fillon se soit révélé en campagne: «On a reçu comme consigne d’être le plus présent possible sur le terrain, confirme Eric, fier d’avoir «boîté» des milliers de tracts. Or qui avons-nous vu, le soir, dans les entrées d’immeubles ou les jours de marché? Quelquefois les partisans de Bruno Le Maire, c’est tout. Juppé, comme Sarkozy l’ont joué sondages, grands meetings et médias… Loin des gens.»

En phase avec les retraités

N’empêche: pour accéder au second tour des primaires de la droite, l’actuel député de Paris, 63 ans – que Le Temps et l’Hebdo avaient reçu en mai au Forum des 100 à Lausanne – devra prendre des voix à ses deux principaux adversaires. Ce qui n’est pas simple. Son profil de conservateur pur et dur l’éloigne du centre, squatté par le rassembleur Juppé. Son expérience de premier ministre de Sarkozy durant le quinquennat précédent le handicape. Son ancrage solide dans les territoires ruraux et périurbains a pour corollaire une présence moins affirmée dans les grandes métropoles, là où pourrait se jouer le scrutin. Tout dépendra donc des électeurs qui voteront dimanche, et surtout de leur nombre.

Olivier Thillaye a observé le public du meeting de Tours, qu’il organisa fin septembre. Il précise: «Fillon est en phase avec l’électorat qui pèsera le plus sur ces primaires et sur la présidentielle: celui des retraités ou des électeurs proches de la retraite, qui comprennent les réformes et veulent de la sécurité, analyse-t-il. Il peut bénéficier du «tout sauf Sarkozy», du rejet de l’hyper-favori Juppé et d’un vote utile, aux dépens de Bruno le Maire, Nathalie Kosciusko-Morizet ou Jean-François Copé. S’il gagne un peu de terrain partout, il peut se qualifier.»

D'anciennes blessures bien présentes

Un document interne des fillonistes en dit toutefois beaucoup plus que leurs paroles sur leur «moral d’acier» à la veille de ce premier tour. Deux pages ceintes d’un bandeau rouge, intitulées «Cas d’irrégularités et de fraudes constatées en novembre 2012» ont été remises à tous leurs assesseurs et leurs observateurs dans les bureaux de vote. Il détaille le cauchemar que fut, voici quatre ans, l’affrontement Coppé-Fillon pour la présidence de l’UMP. Les pro-Fillon croient en leur champion, qui a achevé hier sa campagne par un meeting au palais des Congrès de Paris. Mais les blessures d’hier ne sont pas refermées.


Le profil des 7 candidats de la droite et du centre, à explorer dans notre infographie interactive

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