Sur ce point au moins, il n'y a pas de suspense: jeudi au plus tard, François Fillon deviendra le premier ministre de Nicolas Sarkozy. Un rôle de second et d'exécutant qui semble convenir à ce gentleman farmer aux goûts virils (il apprécie la course automobile et la corrida), mais dont la personnalité lisse est aux antipodes de celle du président.

Comme Nicolas Sarkozy, François Fillon a pensé devenir journaliste. Mais en 1981, à seulement 27 ans, il devient député à l'Assemblée nationale. Dix ans plus tard, il fait partie de ce qu'on pourrait appeler la gauche de la droite: le courant des gaullistes «sociaux» et eurosceptiques groupés autour de l'imposant Philippe Séguin.

Mais François Fillon est revenu de ces idées-là. Le gaullisme social n'est plus sa tasse de thé. «Les Français ont compris qu'ils sont enfermés dans un système qui fonctionne de moins en moins bien», expliquait-il lors d'un récent déjeuner avec la presse étrangère. Pendant la campagne présidentielle, il a été l'un des principaux inspirateurs du programme à dominante libérale de Nicolas Sarkozy.

Les deux hommes ont commencé à se rapprocher en 2003, après que François Fillon, ministre des Affaires sociales, eut achevé sa réforme des retraites. Un beau succès: le syndicat le plus modéré, la CFDT, a accepté ses propositions, et le gouvernement n'a pas plié devant les manifestants. Comme les syndicats les plus durs et leurs adhérents sont démoralisés, François Fillon veut lancer d'autres réformes, mais Jacques Chirac refuse. «Une espèce de lâcheté», commente aujourd'hui le futur premier ministre. Après un passage à l'Education nationale et une tentative mouvementée de réforme des lycées, il est remercié sans ménagement et doit quitter le gouvernement en 2005.

Cette éviction scelle son alliance avec Nicolas Sarkozy, autre mouton noir des années Chirac. Sa voix monocorde et son air posé compensent l'hyperactivité du futur chef de l'Etat. L'expérience acquise lors de la réforme des retraites devrait lui être utile pour appliquer la politique présidentielle face des syndicats réticents. Devant la presse étrangère, il reconnaissait la difficulté de sa tâche: «Vous dire que tout ça sera tranquille... je sais bien que ce ne sera pas le cas.»