Les partisans et les défenseurs de François Fillon et de son épouse Penelope s’étaient, ces dernières semaines, remis à espérer. L’admission, par l’ancienne cheffe du Parquet National Financier (PNF) français Eliane Houlette, de «pressions» du ministère de la justice sur son institution dans cette affaire, avait entraîné le dépôt, par les avocats du couple, d’une demande de révision du procès qui s’était tenu du 24 février au 11 mars 2020 devant le tribunal correctionnel de Paris.

Las. La présidente de la 32e chambre de ce tribunal a d’emblée écarté, lundi, toute reprise des débats avant d’énoncer un jugement impitoyable pour celui qui cumula les fonctions ministérielles depuis les années 90, puis dirigea le gouvernement français entre 2007 et 2012, sous la présidence de Nicolas Sarkozy. Enrichissement personnel, détournement de fonds publics, recel, complicité d’abus de biens sociaux… Aucune circonstance atténuante n’a été retenue par les magistrats contre François Fillon, son épouse Penelope et son ex-suppléant devenu député et maire de Sablé-sur-Sarthe, Marc Joulaud. La veille, en préalable à cette chute judiciaire, ce dernier avait perdu sa mairie de Sablé-sur-Sarthe à l’issue du second tour des municipales.

La polémique risque de se poursuivre

L’énoncé des jugements est sans merci pour le couple, qui a immédiatement fait appel. 5 ans de prison, dont trois avec sursis pour François Fillon (les peines inférieures ou égales à deux de prison ferme ne sont en général pas effectuées sous forme de détention, mais de peines alternatives comme le port d'un bracelet électronique), plus une amende de 375 000 euros et dix ans d’inéligibilité pour ce vétéran de la politique, entré dans la vie publique comme assistant parlementaire du député sarthois Joël Le Theule dans les années 70. Trois ans de prison avec sursis, une amende de 375 000 euros et deux ans d’inéligibilité pour son épouse. Trois ans de prison avec sursis, cinq ans d’inéligibilité et une amende de 20 000 euros pour Marc Joulaud. S’y ajoutent des dommages et intérêts importants d’environ un million d’euros que le couple Fillon devra rembourser à l’Assemblée nationale, qui s’était portée partie civile.

Ce jugement, que les condamnés n’ont pas commenté, n’a pas fait la lumière sur la nature des «pressions» exercées – après les premières révélations du Canard enchaîné le 25 janvier 2017 sur les présumés emplois fictifs d’assistante parlementaire de son mari occupés durant plusieurs années par Penelope Fillon – sur le Parquet National Financier, qui pris l’initiative de mettre en examen le candidat le 14 mars 2017, à un mois et demi du premier tour de la présidentielle (que Fillon termina en troisième position, avec 20% des suffrages). Sur ce point, la polémique risque donc de se poursuivre jusqu’au procès en appel, d’autant qu’Emmanuel Macron a saisi le Conseil supérieur de la magistrature pour vérifier que les procédures judiciaires n’ont pas été altérées. Les partisans de François Fillon, dont plusieurs anciens magistrats, estiment depuis 2017 que la vitesse à laquelle l’ex candidat a été mis en examen relevait d’une forme d’acharnement destiné à lui faire perdre son statut de favori dans la course à l’Elysée face à… Emmanuel Macron. Les défenseurs de l'ex premier ministre soulignent aussi qu'à l'époque des faits qui sont reprochés au couple (entre 1998 et 2013), les parlementaires employaient souvent des membres de leurs familles comme assistants, ce que la loi prohibe aujourd'hui.

Un retour en politique difficilement imaginable

Le prononcé de ce jugement, en revanche, a été terrible pour les époux Fillon. A plusieurs reprises, la présidente du tribunal a dénoncé leur «enrichissement personnel» à hauteur de prés d’1,5 millions d’euros, leur dissimulation des infractions, l’absence de substance des emplois occupés par Penelope Fillon et les rémunérations «sans proportions» avec ses activités exercées pour le compte de son mari, alors parlementaire. La discrète Penelope Fillon, qui s’était montrée très peu convaincante lors du procès pour justifier ses émoluments, «se contentait juste de transmettre le courrier» reçu par son époux, sans «traiter» aucun des dossiers cités par la défense. Les juges ont aussi écarté les arguments de cette dernière sur la réalité de l’emploi «de complaisance» qu’elle exerça comme conseillère éditoriale de la Revue des Deux Mondes, dont le propriétaire Marc Ladreit de Lacharrière avait d’ailleurs reconnu par écrit sa culpabilité en 2018, payant une amende de 375 000 euros. Ecartés donc, les soupçons de manipulation politique. Les emplois de Mme Fillon étaient bien «fictifs» selon la justice. A chaque fois, les magistrats ont estimé que les emplois exercés par cette dernière avaient pour but unique d’améliorer les revenus du couple grâce à des «contrats sans consistance».

Pour François Fillon, ce jugement qu’il va contester en appel apparaît comme un testament politique. Difficile d’imaginer que l’ancien premier ministre, aujourd’hui partenaire d’un fonds d’investissement, revienne sur le devant de la scène politique tant son manque de moralité et d’exemplarité ont été mis en cause par la justice alors qu’il avait justement prôné un comportement irréprochable lors de la primaire de la droite, remportée face à Alain Juppé et… Nicolas Sarkozy en novembre 2016. «Qui imagine le Général de Gaulle mis en examen?» avait notamment lâché l’ancien premier ministre durant l’été pour bien marquer sa différence avec l’ex Chef de l’Etat, empêtré dans plusieurs affaires judiciaires toujours en cours. C’est de cette sortie publique que François Fillon a, par la suite, daté le début de ses ennuis médiatiques. Ce qui accrédite l’idée de règlements de compte à droite en 2016-2017 pour l’empêcher d’accéder au pouvoir.

Pour mémoire, le président socialiste François Hollande avait renoncé en décembre 2016 à se représenter pour un second mandat. Le principal bénéficiaire des attaques contre François Fillon a donc été Emmanuel Macron, parvenu à se qualifier pour le second tour, puis à se faire élire à la présidence de la République grâce au vote d’une partie des électeurs de droite.