Le débat télévisé entre les deux candidats à la présidentielle n’était pas achevé depuis plus de quelques minutes, que pour les lecteurs en ligne du Monde, l’affaire était très clairement entendue. 75% d’entre eux jugent que François Hollande «a été plus convaincant» que Nicolas Sarkozy. Sur le plateau de France 3, qui a pris le relais de TF1 et de France 2 pour une vaste émission de décryptage à chaud, le dégradé des sourires confirmait que non seulement le combat des chefs avait bien eu lieu, mais qu’il avait nettement mieux profité à l’un qu’à un autre: à droite, les visages crispés, à gauche, les mines réjouies et les bouches largement fendues.

C’est Najat Vallaud-Belkacem, porte-parole du candidat socialiste qui a ouvert les feux du «débat sur le débat». Qui a gagné? Pour la jeune femme, cela «ne fait aucun doute», assure-t-elle, évoquant un président sortant «fuyant, dans le déni», alors que François Hollande, lui, «ne s’en est jamais laissé conté».

Nathalie Kosciusko-Morizet, la porte-parole de campagne de Nicolas Sarkozy, exhibe un pâle sourire. Elle explique avoir trouvé le président à la sortie du débat «comme au début, serein». «Ce débat a pu avoir lieu, poursuit-elle, Nicolas Sarkozy a pu prendre le temps d’être précis en dépit de toutes les interruptions (...) alors que François Hollande était dans les généralités».

Jean-François Copé, le secrétaire général de l’UMP pioche pour sa part dans le registre de l’agressivité, raillant un Français Hollande qui aurait, face à un N icolas Sarkozy «au faîte de sa maturité et de son expérience», «compensé» son imprécision sur «beaucoup de sujets», par des tirades «tragiques». C’est une allusion à cette profession de foi du socialiste déclinée à coup répétitifs de «moi, président de la République je ferais en sorte de.....».

Pierre Moscovici, chef de campagne de François Hollande, se fait une toute autre idée de la prestation de son poulain. Il a défendu un projet, quand son opposant était «dans les petites phrases qui rabaissent le débat». Et d’après lui, c’est précisément la tirade du «moi, président de la République» qui a constitué le moment «fort» ce ce moment d’échanges télévisé. «J’ai trouvé ça très beau», va jusqu’à confier le député du Doubs.

Benoît Apparu, ministre du Logement, est quant à lui bien dans son rôle lorsqu’il s’efforce de minorer la prestation du candidat socialiste. «Il a passé son temps à regarder dans le rétroviseur». Avant de concéder: «Les deux ont été pugnaces, les deux étaient bien préparés. Effectivement, par moment les échanges ont été un peu virils».

Mais au final, ce débat tant attendu a-t-il changé la donne en vue du second round de la présidentielle, le 6 mai? «Nous verrons dimanche, c’est aux Français de décider cela», indique prudemment Manuel Valls, conseiller spécial de François Hollande. «J’ai une conviction» poursuit-il, en se déclarant «très fier»: ils ont «découvert un homme d’Etat» prêt à «exercer pleinement ses fonctions».