Revue de presse

François Hollande, bouc émissaire des maux français

Selon le sondage CSA réalisé pour la chaîne BFMTV, plus de 51% des Français jugent que le président est un «mauvais» chef d’Etat. Jamais dans l’histoire de la Ve République, un président n’avait enregistré une cote de popularité aussi basse, dix mois après son élection. François Hollande interviendra ce jeudi soir sur France 2 pour tenter de redresser la barre

«Pas assez à gauche, manque d’audace, absence de cap, de vision, d’ambition, trop timoré, à la botte de la finance, soumis aux marchés, à l’Allemagne, isolé en Europe, sourd aux attentes du peuple de gauche…», Le Figaro tire à boulets rouges sur François Hollande, plus impopulaire que n’importe quel autre président sous la Ve République, dix mois seulement après sa prise de fonction.

Selon un sondage CSA pour la chaîne BFMTV diffusé jeudi, François Hollande est un «mauvais président» pour 51% des Français. Seuls 22% estiment le contraire. Les autres préfèrent se taire. La publication de l’enquête de CSA pour BFMTV intervient après une série de sondages montrant une baisse continue de la popularité du socialiste. Un sondage de l’institut Ifop publié ce week-end par Le Journal du Dimanche montre ainsi une chute de popularité de 6 points du président par rapport au mois précédent.

Selon les analystes cités par Le Monde , «la situation socio-économique du pays est la principale cause de défiance de la population. En vrac, l’annonce par l’Insee d’un taux de chômage supérieur à 10%, l’abandon confirmé de l’objectif des 3% de déficit en 2013 et l’absence de perspective de croissance sont autant de facteurs d’explication de cette cote très basse.»

C’est que, aujourd’hui, «ce n’est plus sa personne qui est sous le feu des critiques ou la chape des désillusions». Comme l’écrit L’Express, François Hollande «est plutôt ménagé par les commentateurs politiques français de droite comme de gauche. Après tout, personne n’a jamais cru un seul instant qu’une fois au pouvoir il se révélerait comme un grand président.»

Le Figaro allonge la liste des reproches et résume les choses en une phrase, «prononcée sur un ton accablé par à peu près toute l’aile gauche du PS et de plus en plus de socialistes «modérés»: «Nous n’avons quand même pas été élus pour faire du Sarkozy.» C’est bien le problème de François Hollande. Sous contraintes financières, sans aucune marge de manœuvre, exposé aux regards sans complaisance des marchés financiers, le chef de l’Etat n’aurait d’autre choix que d’appliquer la politique de rigueur que la gauche accusait son prédécesseur de pratiquer.»

Empêtré, François Hollande est critiqué jusque dans son propre camp. «Tout pose problème! La retraite, l’école, l’hôpital… A un moment, il faut savoir gouverner!» tempête un député cité par le Huffington Post. La «présidence normale» ne fait définitivement pas mouche. C’est que l’heure est grave.

Face à David Pujadas, le président français tentera ce jeudi soir de rassurer une opinion publique déboussolée. Si on omet ses vœux du Nouvel An, ce sera sa première télévision depuis son intervention aux 20 heures de TF1, le 9 septembre 2012. Plateau de télévision «très sobre», pour son grand oral sur France 2, François Hollande «a fait le choix de la sobriété», assure l’Elysée sur BFMTV. Quarante-cinq minutes très attendues pour dissiper les doutes et rendre des comptes aux Français. «Quarante-cinq minutes, c’est peu. C’est court», souligne Grégoire Biseau dans Libération . «C’est à se demander si François Hollande croit encore en lui.»

Mais «dans cet exercice de «pédagogie», il ne faut pas s’attendre à trop d’annonces», juge BFMTV . «Hormis, peut-être, les nouvelles modalités de la taxe à 75% sur les super-riches. Une promesse emblématique du candidat Hollande, doublement plombée par la censure du Conseil constitutionnel, puis par le Conseil d’Etat qui l’a bornée à 66,6%.» A Libération d’ajouter. «Depuis quelques semaines, ministres et députés le supplient d’aller s’expliquer à la télévision. Ses conseillers lui ont proposé toutes les formules possibles et imaginables, «mais c’est lui qui décide, seul, comme il le sent», confie un proche. Or Hollande n’est pas un grand original.» Ce soir, sur France 2, «ce sera donc que du très classique».

Mais le spectre d’une énième intervention médiatique, «simple sparadrap sur les plaies béantes de la crise», n’est pas loin, souligne le Huffington Post. Certains proches de François Hollande s’en désespèrent à l’avance: «Ça me désole, il va finir par user sa parole en se justifiant sans arrêt, il s’enfonce dans la monotonie», affirme ainsi un ministre du premier cercle des «hollandais.»

Le doute est si présent dans les rangs socialistes que plusieurs parlementaires désappointés n’attendent plus rien de François Hollande, hésitant même à regarder son intervention télévisée, rapporte Libération. Un dirigeant socialiste cité par le quotidien prévient: «Soit il arrive à recadrer et à donner du sens, soit cela va craquer de partout.» Verdict ce jeudi soir.

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