Peut-on continuer de convaincre de la nécessité d’un accord contraignant sur le réchauffement climatique alors que la priorité, depuis les attentats du 13 novembre à Paris, est devenue la riposte militaire à l’Etat islamique? Tel est le dilemme que va affronter François Hollande au fil de cette semaine diplomatique assurée d’être la plus intense de son quinquennat.

Lundi 23, le président Français recevra le premier ministre britannique David Cameron à l’Elysée. Mardi 24, il sera à Washington pour y rencontrer Barack Obama. Mercredi 25, Angela Merkel se rendra à son tour à Paris. Jeudi 26, le Chef de l’Etat Français sera reçu à Moscou par Vladimir Poutine avant de présider un sommet France-Océanie, à Paris, aux cotés des petits pays du Pacifique, particulièrement vulnérables à la montée des océans. Vendredi 27, il sera enfin à La Malte pour le sommet du Commonwealth. Avant de s’entretenir le 29, à la veille de l’ouverture de la conférence Paris-Climat, avec le premier ministre Canadien Justin Trudeau, puis le président chinois Xi Jinping.

Difficile, en effet, de dissocier, une semaine après les tueries parisiennes, les ultimes négociations climatiques des discussions sur les meilleurs moyens de frapper les positions de l’Etat islamique en Syrie et en Irak, tout en traquant les cellules terroristes sur le sol européen. Un seul nombre illustre la difficulté: 138 chefs d’Etat ou de gouvernement seront présents à Paris le 30 novembre et le 1er décembre, pour l’ouverture de la grande conférence climatique COP 21 qui se tiendra au Bourget, entre la capitale et l’aéroport Charles de Gaulle. Un record jamais égalé selon l’Elysée, même par les assemblées générales annuelles des Nations unies à New York. Tous les événements prévus dans le cadre de cette conférence ont été maintenus, affirme-t-on à Paris où l’on se félicite que 167 pays aient, jusque-là, déposé leurs contributions nationales à la lutte contre le réchauffement, représentant 90% des émissions de gaz à effet de serre. Seule les deux marches civiques pour le climat, prévues le 29 novembre et le 12 décembre, ont été annulées.

La COP 21, pour laquelle plus de 10 000 délégués et 3000 journalistes sont attendus, se poursuivra jusqu’au 11 décembre en trois séquences: les deux premiers jours au niveau des chefs d’Etat ou de gouvernement, la session de négociation au niveau des experts du 2 au 6 décembre, puis la conclusion espérée de la négociation au niveau des ministres entre le 7 et le 11 décembre. L’objectif reste d’y obtenir, sous l’égide de la convention cadre de l’ONU sur le changement climatique (UNFCCC) un accord juridiquement contraignant – via une clause de révision tous les 5 ans – entre les 196 parties (195 Etats plus l’Union européenne) représentées. Le succès sera complet pour la France – dont le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius présidera les débats – si le texte final inclut l’objectif d’un plafonnement du réchauffement à 2 degrés d’ici 2050, et l’allocation de 100 milliards de dollars de financement pour la transition énergétique à partir de 2020. L’essentiel des négociations porte pour l’heure sur les modalités des «contraintes «juridiques envisagées – sanctions? révision obligatoire? – sur lesquelles les Etats Unis ont encore récemment exprimé des doutes. En 2009, la grande conférence climatique COP 15 de Copenhague avait déjà achoppé, in extrémis, sur les divergences entre américains et chinois d’un coté, et européens de l’autre.

Simultanément, c’est un François Hollande «chef de guerre «qui va multiplier cette semaine les entretiens avec ses homologues. Requinqué par des sondages qui marquent un regain de popularité (27% d’opinions favorables contre 20% avant les attentats) en sa faveur, le président Français défend désormais l’idée d’une «grande et unique coalition", incluant les Etats-Unis, la Russie et les pays arabes de la région, contre l’Etat islamique. C’est au nom de cette riposte que le porte-avions Charles de Gaulle, qui arrive en Méditerannée orientale ce dimanche, va permettre l’entrée en action d’une vingtaine d’avions Français supplémentaires, en plus des douze appareils Rafale et Mirage 2000 basés en Jordanie et aux Emirats Arabes Unis dans le cadre de l’opération Chammal entamée en septembre 2014.

L’enjeu, pour le locataire de l’Elysée, est triple: s’accorder sur une forme de transition politique à moyen terme qui ménage le régime syrien, condition impérative pour Moscou; parvenir à une meilleure coordination des cibles en Syrie et en Irak pour causer le plus de dommages possibles à l’Etat islamique; faire en sorte que les renseignements soient mieux partagées au sein de la coalition d’une vingtaine de pays engagés contre cette nébuleuse terroriste, dont plusieurs acteurs (Turquie, Arabie Saoudite, Qatar) ont jusque-là joué une partition parfois trouble.

La France, grand vendeur d’armes aux pays du Golfe, se retrouve en réalité un peu en position d’otage de ses alliés officiels, avec de surcroit l’obligation de faire des concessions à la Russie de Vladimir Poutine déterminée pour l’heure à sauver le régime de Bachar Al Assad dont Paris continue de réclamer le départ et que Washington veut exclure du jeu. Le vote par le Conseil de sécurité de l’ONU, vendredi, de la résolution 2249 autorisant «toutes les mesures contre l’Etat islamique «n’est un début puisqu’elle ne donne pas encore, sous le chapitre VII des nations unies, l’autorisation légale d’intervenir militairement en Syrie et en Irak.

L’autre enjeu, pour le Chef de l’Etat Français qui présidera vendredi 27 novembre une cérémonie d’hommage national aux 130 victimes des attentats parisiens, est la riposte sécuritaire européenne sur deux terrains: les contrôles aux frontières (La France a annoncé leur reprise, au moins jusqu’à la fin de la COP 21) et le partage du renseignement. La question est particulièrement brûlante pour le Royaume Uni et l’Allemagne, principaux partenaires de la France dans ce domaine, mais entre lesquels un climat de méfiance demeure, entretenu par les accusations récentes d’espionnage du ministre des Affaires étrangères Français Laurent Fabius par Berlin. Alors que Bruxelles, capitale de l’Union européenne, a vécu ce week-end en état d’urgence, une task force anti Etat islamique pourrait voir le jour rapidement entre les trois plus grands pays de l’Union.