François Hollande sera très vite fixé, lundi, sur la réussite ou non de sa visite en Chine, un mois pile avant l'ouverture de la COP 21, la grande conférence de Paris sur le climat qui s'ouvrira le 30 novembre. Alors que l'Hexagone sera en train de se réveiller et après une première escale à Chongqing, ville chinoise pilote pour les technologies vertes, le président français sera reçu à 17 heures, heure locale, par son homologue Xi Jinping à Pékin. Objectif principal? «Adopter à cette occasion une déclaration franco-chinoise commune sur le climat, incluant une clause de révision et d'adaptation afin que les engagements nationaux soient régulièrement passés en revue et réévalués», explique-t-on à l'Elysée.

Un texte flou serait de mauvais augure

Un texte précis, assorti si possible d'un calendrier, serait une évidente victoire diplomatique. Un texte flou, ou pire une absence de déclaration, serait en revanche de très mauvais augure pour la COP 21 sur laquelle l'UNFCCC, l'organisme de l'ONU chargé du climat s'est pourtant dit plutôt optimiste vendredi. «Un effort mondial sans précédent est en cours, a déclaré à Berlin sa coordinatrice, Christiana Figueres. Ce n’est en aucun cas suffisant pour cantonner le réchauffement climatique sous les 2 °C. Pour l’heure les contributions des Etats permettent d’atteindre 2,7 °C. C’est déjà mieux que les engagements précédents.»

Pour François Hollande et son ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius, qui assumera la présidence effective de la COP 21 - la plus importante conférence internationale organisée en France depuis l'après-guerre -, l'enjeu est majeur. 150 pays - sur les 196 conviés à Paris, Union européenne (UE) inclue - ont à ce jour déposé auprès de l'UNFCCC leurs contributions nationales de réduction d'émissions. Le premier ministre chinois Li Keqiang a symboliquement présenté le plan de son pays le 30 juin 2015, à l'issue de sa visite à l'Elysée. Et au Quai d'Orsay, dont la façade est ornée du logo de la COP21 représentant une feuille ornée de la Tour Eiffel, la mobilisation climatique est générale.

«Un dernier sprint décisif»

«Nos émissaires spéciaux ont sillonné tous les continents, confirme un porte-parole de la diplomatie française. Nos ambassadeurs font sans cesse remonter les informations. Ce dernier sprint est donc décisif.» Avec trois priorités politiques pour la COP 21, que Laurent Fabius a assénés lors d'une première conférence ministérielle en septembre, et réitérera lors d'une seconde du 8 au 10 novembre: fixer des modalités concrètes de révision d'un éventuel accord (par exemple tous les 5 ans); assortir les objectifs énoncés d'un financement adéquat, notamment en faveur des pays les plus vulnérables et les moins développés (le chiffre souvent cité étant celui de 100 milliards de dollars par an à partir de 2020, date d'application d'un éventuel accord); et s'accorder sur un niveau minimal de contrainte juridique (par exemple sur la nécessaire adoption de mesures fiscales ou réglementaires). 

«Les signaux positifs qui viendront de la Chine, premier émetteur mondial de gaz à effet de serre, seront des atouts décisifs durant la phase ultime de négociations», poursuit l'entourage du Président Hollande. Personne n'oublie à Paris que la COP 15 de Copenhague, en décembre 2009, avait échoué en raison du refus conjoint des Américains et des Chinois (scellé entre Barack Obama et le premier ministre d'alors Wen Jiabao, au grand dam de l'UE) d'y accepter un texte contraignant. Le document final arraché par la présidence danoise se contentait d'affirmer la nécessité de limiter le réchauffement planétaire à 2°C par rapport à l'ère préindustrielle, sans engagement chiffré de réduction d'émissions, misant sur la «coopération» pour les infléchir «aussi tôt que possible».

Signaux positifs de la Chine

Or Pékin se montre aujourd'hui bien plus volontaire. L'accord américano-chinois (42% des émissions globales de CO2 pour les deux pays) conclu en novembre 2014 a ouvert la voie. Le gouvernement chinois a annoncé dans sa contribution le lancement d'un marché national du carbone en 2017, un pic d'émissions pour 2030 et une augmentation d'ici là de la part des énergies renouvelables à 20% du mix énergétique. Le leadership de Pékin sur le groupe des pays en développement du G77 devrait aussi peser: «Sans la Chine, tracer une trajectoire et une feuille de route est impossible. Avec elle, c'est faisable», juge un conseiller présidentiel français. Un feu vert climatique de Pékin permettra notamment au président français d'aborder favorablement le G20 d'Antalya, en Turquie, les 15 et 16 novembre, lors duquel les discussions devraient focaliser sur la question cruciale du financement de la lutte contre le réchauffement climatique.