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François Hollande: «Il y a à peine un an, Vladimir Poutine n’avait pas de mots assez durs contre le président turc Recep Tayyip Erdogan. Maintenant, ces deux pays se sont mis d’accord pour un partage de la Syrie.»
© CHARLES PLATIAU/Reuters

International

François Hollande défend les Kurdes contre Ankara

L’ancien président français sort de sa réserve pour demander des zones d’exclusion aérienne en Syrie au-dessus de la Ghouta orientale et de la région d’Afrine

C’est une première depuis la fin de son quinquennat, le 15 mai 2017. Silencieux depuis son départ de l’Elysée, François Hollande a décidé de mettre publiquement en garde son successeur contre les agissements en Syrie de la Russie et de la Turquie.

«La Russie se réarme depuis plusieurs années et, si elle est menaçante, elle doit être menacée», assène l’ancien président français dans un entretien exclusif au Monde. Et d’accuser: «En permettant à Ankara de bombarder nos alliés kurdes en Syrie, Moscou pousse aussi pour une division de l’OTAN. Il y a à peine un an, Vladimir Poutine n’avait pas de mots assez durs contre le président turc Recep Tayyip Erdogan. Maintenant, ces deux pays se sont mis d’accord pour un partage de la Syrie.»

Malaise diplomatique

La sortie de l’ex-chef de l’Etat annonce sans doute d’autres prises de parole prochaines. L’intéressé s’apprête en effet, le 11 avril, à publier un livre sur son mandat et sur les circonstances qui le poussèrent à renoncer à se représenter, le 1er décembre 2016, laissant la voie libre pour la candidature victorieuse de son ancien conseiller Emmanuel Macron. Mais elle révèle surtout le malaise suscité, au sein de la diplomatie française, par la ligne pragmatique de son successeur. Ce dernier s’est jusque-là limité à exiger un cessez-le-feu dans la région de la Ghouta orientale, bombardée sans relâche par le régime de Damas et son allié russe, et dans la région d’Afrine, où les forces turques pilonnent les Kurdes syriens.

«Je me sens à la fois solidaire et responsable, poursuit François Hollande. Solidaire, parce que je n’oublie pas ce que les Kurdes ont pu faire pour permettre à la coalition de chasser Daech. Mais je me sens également responsable pour la Ghouta […]. Ce n’est pas une coïncidence si ces deux épreuves se déroulent au même moment. La Russie a laissé faire Ankara à Afrine et la Turquie va retirer une partie des rebelles qu’elle soutient de la Ghouta […]. Il est dès lors impératif d’affirmer que ces territoires ne peuvent plus être survolés, et notamment Afrine où c’est un pays extérieur à la Syrie qui utilise son aviation et qui, de surcroît, est un membre de l’OTAN.»

Responsabilité des «puissances démocratiques»

Emmanuel Macron va-t-il tenir compte des suggestions de son prédécesseur? L’actuel président français est en tout cas prisonnier de ses propres engagements. Dès la fin mai 2017, celui-ci avait prévenu solennellement que «toute utilisation d’armes chimiques» en Syrie «fera l’objet d’une riposte immédiate» de la France, reprenant la rhétorique employée en août 2013 par Barack Obama après un bombardement au gaz sarin dans la Ghouta orientale attribué au régime de Bachar el-Assad. Les Etats-Unis avaient ensuite renoncé à frapper, alors que la France était à leurs côtés, prête à intervenir. Que faire aujourd’hui?

«Je ne veux pas compliquer un jeu qui l’est déjà beaucoup, juge François Hollande, proposant une interdiction de survol des zones concernées. Je pense que les puissances démocratiques – j’insiste sur ce mot, démocratique – doivent prendre conscience de leur responsabilité […]. Les lignes rouges ne peuvent concerner les seules armes chimiques car cela implique à chaque fois de démontrer leur utilisation et de prouver quel côté l’a fait.» Avec, toutefois, une certitude selon l’ex-président: «Bachar el-Assad a néanmoins gardé de telles armes et il n’hésite pas à continuer à y recourir, même s’il le fait de façon plus discrète et donc plus pernicieuse encore.»

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