(Paris) Il tiendra «jusqu’au bout» de son mandat. Il l’a redit, et c’est au fond le message principal de son intervention télévisée de mi-mandat, deux ans et demi après avoir été élu le 6 mai 2012 face à Nicolas Sarkozy avec 51,56% des voix, et alors que son impopularité abyssale lui accorde moins de 15% d’opinions favorables dans les sondages. Jeudi soir sur TF1, au fil d’une émission dominée par les problèmes concrets des Français venus l’interroger, et par les questions personnelles sur sa crédibilité posées d’emblée par les journalistes, François Hollande a essentiellement assumé. En laissant ouverte la question déjà omniprésente de son éventuelle candidature en 2017: «Ils sont candidats. Je suis président […] Mais croyez-vous que si la courbe du chômage ne s’inverse pas, je me représenterais devant les Français?»

Répétant qu’il entend «faire toutes les réformes qui permettront à la France d’être plus forte» lorsque son quinquennat s’achèvera en juin 2017, et affirmant «qu’il a décidé de toutes les mesures déja prises» et qu’elles sont «appliquées, en équipe» par son ambitieux premier ministre Manuel Valls, le locataire de l’Elysée s’est avant tout efforcé de convaincre qu’il est bien chef de l’Etat, et qu’il incarne la fonction. «Je ne suis pas devenu président par hasard. Je n’ai pas été tiré au sort» a-t-il d’ailleurs symboliquement rappelé d’emblée, promettant toute la lumière sur deux tragédies: la mort du militant écologiste Rémi Fraisse sur le site du barrage de Sivens en octobre, et celle de l’otage Hervé Gurdel assassiné en Algérie par ses ravisseurs en septembre. Après avoir prévenu, en ouverture de l’émission: «Je ne me plains jamais. Ce qui est dur, c’est ce que vivent mes compatriotes. Je suis un être normal. Je ne suis pas masochiste. Mais je suis aussi président de la république».

Etonnante impression, au fil de cette intervention télévisée destinée à dresser le bilan de son action, d’un chef de l’Etat français sur un divan présidentiel: pugnace, déterminé, habile dans ses réparties, prêt à reconnaître certaines erreurs comme sa promesse hâtive d’inverser la courbe du chômage, mais toujours autant à la peine pour convaincre ses concitoyens qu’il peut être l’homme de la rupture ou des inflexions fortes dont la France a tant besoin pour voir son économie se redresser et son climat socio-politique pacifié.

Aucune annonce forte, sauf son soutien aux candidatures de la France aux Jeux Olympiques de 2024 et à l’exposition universelle de 2025, une grande concertation sur le numérique, une proposition de service civil universel pour les jeunes, de nouveaux emplois aidés pour les séniors, et la promesse de ne pas rajouter d’impôt en 2015. Pas de nouvel horizon sur le marché du travail, à la différence d’un Manuel Valls pressé d’entamer une négociation sur un contrat unique. Pas, non plus, d’annonce politique et institutionnelle sur une éventuelle introduction de la proportionnelle aux législatives, promesse de campagne qu’il a toutefois réitérée. Et surtout beaucoup d’incantations sur la nécessité d’être fier de la France, qui «dans 20 ou 30 ans, sera le pays le plus dynamique et peuplé d’Europe».

François Hollande, deux ans et demi après son élection, est au fond de nouveau apparu comme ce «président normal» capable d’empathie, d’écoute, mais toujours autant à la peine pour imprimer un cap et s’assurer qu’il sera suivi. Côté pile, une seule réponse face aux questions sur sa vie privée, sur les accusations lancées contre lui par son ex-compagne Valérie Trierweiler, ou le scandale des photos le montrant casqué, sur son scooter, au pied d’un immeuble au pied d’un immeuble pour rejoindre l’actrice Julie Gayet: «Est ce que j’ai souhaité cette photo? J’ai le cuir tanné. Je connais les Français» a-t-il répondu, rappelant ses trente années passées à arpenter les bistrots en campagne, à travers le pays, pour démentir les rumeurs sur les «sans-dents». Coté face, une volonté plutôt qu’un programme. Des mots plutôt qu’un calendrier et des décisions, emballés dans un terme plusieurs fois asséné: celui de «république sociale». «Je vais emmener les Français pour qu’en 2017, la situation soit meilleure».

Pas un mot non plus sur les divisions au sein du Parti socialiste. Une longue réponse évasive sur Marine Le Pen, la présidente du Front Nationale devenue, selon les sondages, son opposante numéro un. «Je fais ce que les Corréziens m’ont souvent conseillé: je me cramponne» a ironisé au début de l’émission François Hollande. A la moitié de son quinquennat, sa prestation pourrait se résumer à un message adressé aux Français: «Cramponnez-vous aussi».