France

François Hollande doit-il faire le ménage?

L’onde de choc provoquée par les aveux de Jérôme Cahuzac ne se calme pas. L’idée d’un remaniement ministériel fait son chemin

Deux jours après le passage aux aveux de Jérôme Cahuzac sur son compte non déclaré en Suisse, la pression ne se relâche pas sur François Hollande. Attaques de l’opposition contre Pierre Moscovici, le ministre de l’Economie et des finances, découragement des socialistes et surtout révélations sur le trésorier de campagne de François Hollande, actionnaire de sociétés offshore dans les îles Caïmans: tout concourt à affaiblir davantage l’exécutif. Dans ce contexte de crise, les socialistes se demandent comment rebondir et créer un électrochoc pour reprendre la main. L’hypothèse d’un remaniement ministériel fait son chemin.

Plusieurs médias français rapportent les propos «off» de ministres ou de députés, qui défendent cette voie. «Un remaniement n’est pas impensable», confie l’un dans Le Figaro. «Il faut prendre des initiatives», ajoute un autre. «Après le sursaut moral, le sursaut politique», glisse un troisième. Anne ­Hidalgo, candidate à la mairie de Paris, admet ouvertement la nécessité de se poser la question d’une «autre donne», mais «peut-être pas à chaud».

Cela fait des mois que des membres du gouvernement sont critiqués, certains pour leur discrétion ou leur manque d’expérience, d’autres pour leur côté franc-tireur (comme Arnaud Montebourg), qui alimente le procès en manque d’autorité du premier ministre. Jean-Marc Ayrault lui-même est régulièrement mis en cause. Aux yeux de certains socialistes, l’affaire Cahuzac serait l’occasion de faire le ménage et de solidifier l’exécutif. «Il faudrait une équipe resserrée, avec une douzaine de ministres en moins», confie un dirigeant de la majorité cité par l’AFP.

Depuis le déclenchement de la crise, Pierre Moscovici, le ministre de tutelle de Jérôme Cahuzac, est particulièrement sur la sellette. Pour l’instant, il se défend avec force. Mais si la pression se fait trop forte ou si de nouvelles révélations le décrédibilisent, cela pourrait donner le signal du changement. S’il n’a pas démérité, Pierre Moscovici ne s’est pas non plus révélé comme un grand ministre de l’Economie et des finances. Il n’est pas parvenu à convaincre les Français de la nécessité des réformes économiques et financières. Le nom de Michel Sapin, actuel ministre du Travail, revient souvent parmi les papables pour le poste.

Mais officiellement, un changement n’est pas à l’ordre du jour. Parti comme prévu en visite d’Etat au Maroc pour deux jours, François Hollande n’a pipé mot du remaniement lors de sa conférence de presse: «S’il y a des initiatives à envisager, ce n’est pas ici que je les livrerai», s’est-il borné à dire. Interpellé par des journalistes à Paris, Jean-Marc Ayrault a opposé cette réponse sèche: «Travaillons d’abord à ce que nous avons à faire, avant de spéculer.»

«Je ne vois pas l’intérêt politique pour François Hollande de faire un remaniement maintenant», commente aussi le politologue Roland Cayrol. La réorganisation de l’exécutif pourrait en effet être interprétée à la fois comme un aveu d’échec et comme un signe de faiblesse vis-à-vis de l’opposition, qui invite François Hollande «à changer complètement son gouvernement». Un remaniement, «ce n’est pas non plus une demande des Français», ajoute Jérôme Sainte-Marie, directeur du pôle opinion à l’institut CSA, qui a publié hier son dernier baromètre. Les chiffres sont catastrophiques. Après onze mois de pouvoir, la cote du président continue de s’effondrer: seuls 29% des Français lui font encore confiance «pour affronter efficacement les problèmes qui se posent au pays». Un score plus bas qu’il ne le fut jamais pour Nicolas Sarkozy.

Enfin, les révélations du Monde du 5 avril sur les investissements dans les îles Caïmans du trésorier de campagne de François Hollande, Jean-Jacques Augier, accroissent encore le malaise. Son nom est apparu dans les fichiers du Consortium international de journalistes d’investigation, c’est l’un des premiers dévoilés en France par l’opération OffshoreLeaks. Ces documents montrent que Jean-Jacques Augier possède des participations dans deux sociétés offshore, des structures créées pour des investissements réalisés en Chine (une chaîne de librairies et une agence de voyages). «Il ne s’agit en aucun cas de spéculation», a-t-il précisé à l’AFP. Ces investissements n’auraient par ailleurs rien d’illégal. «Je ne connais rien de ces activités […], les comptes de la campagne 2012 ont été considérés comme réguliers», s’est défendu le chef de l’Etat depuis Rabat. Mais dans la grave crise éthique et morale que traversent les socialistes, pour François Hollande qui voulait pourfendre la finance, l’information est terrible.

Après onze mois de pouvoir, seuls 29% des Français font encore confiance au président

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