Le médium est le message, disait autrefois Mc Luhan. Ce n’est pas François Hollande qui démentirait le fameux adage du sociologue canadien des médias. En choisissant mardi soir d’accorder sa première interview télévisée à France 2, et surtout de se déplacer dans les locaux de la chaîne plutôt que d’inviter son journaliste vedette à l’Elysée, le chef de l’Etat entendait une nouvelle fois se démarquer de son prédécesseur…

«Faire simple ce n’est pas faire médiocre ou banal, c’est être exemplaire», a-t-il expliqué, revenant notamment sur son déplacement en train la semaine dernière au sommet européen de Bruxelles. «Avant, il fallait deux avions. Là, en rentrant en voiture, j’ai mis deux heures de plus. Et alors?»

Au-delà du symbole, quinze jours après son investiture, c’est évidemment déjà sur les sujets de fond qu’il était attendu. Sommet du G8, sommet de l’Otan, sommet européen informel, crise de l’euro, visite surprise en Afghanistan d’où les forces combattantes françaises partiront dès la fin de l’année: François Hollande a été interrogé sur ses premiers pas sur la scène mondiale.

«Stressé»?, lui a demandé David Pujadas. «Il n’y a pas eu de stress. Je m’étais préparé à la fonction», a répondu François Hollande. «Quand on est le président d’un grand pays comme la France, il ne peut pas y avoir d’intimidation.»

Il y a cinq ans, Patrick Poivre d’Arvor, qui avait interrogé pour TF1 Nicolas Sarkozy sur le même sujet, avait raillé ses airs de «petit garçon entrant dans la cour des grands»…

Interrogé sur la Syrie alors que dans la journée, la France, comme de nombreux autres pays occidentaux, avait décidé d’expulser son ambassadrice, François Hollande a rejeté l’appel de Bernard-Henri Lévy pour une intervention militaire comme celle menée en Libye. «Elle n’est pas exclue, mais il faudrait que ce soit dans le cadre de l’ONU», a tranché le président.

Autrement dit, rien ne pourrait se passer sans l’aval de la Chine et de la Russie. Mais le nouveau locataire de l’Elysée, qui doit justement recevoir Vladimir Poutine vendredi, n’exclut pas de convaincre le président russe…

Volontariste, il entend aussi réunir cet été une conférence des amis de la Syrie pour «solidariser l’opposition». Au chapitre européen, aussi, il veut faire entendre sa voix. Angela Merkel n’est pas sur la même longueur d’ondes que lui?

Elle a tout de même acté la nécessité de la croissance, se félicite le nouveau chef de l’Etat. Et si elle n’est pas pour les euro-bonds tout de suite, elle ne dit pas «jamais». Pour Hollande, l’axe franco-allemand est certes important mais ne doit plus être l’unique moteur de l’Europe.

Mais s’il a beaucoup évoqué l’actualité internationale, cette première intervention télévisée visait évidemment aussi à motiver son électorat à moins de quinze jours des élections législatives. Personne ne croit à une cohabitation. Mais le «troisième tour» de l’élection ne s’annonce pas pour autant comme une promenade de santé. François Hollande ne s’impliquera pas personnellement dans la campagne, a-t-il expliqué.

A chacun sa place: il n’est ni le chef de la majorité ni le patron du parti socialiste. Mais il n’en appelle pas moins les Français à lui accorder les moyens de son action. François Hollande aimerait disposer d’une majorité absolue pour ne pas devoir dépendre de ses alliés.

A défaut, il serait à la merci des oukazes d’un Jean-Luc Mélenchon si le tribun du Front de gauche, candidat à Hénin-Beaumont face à Marine Le Pen, faisait son entrée dans l’hémicycle, à la tête d’un groupe de députés déterminés à durcir la politique d’une gauche jugée trop «molle».

Car les premiers pas du nouveau président sur le front social se veulent équilibrés pour ne pas dire… normands. Un coup de pouce au salaire minimum? François Hollande ne l’a pas exclu. Mais à condition de ne pas gêner la compétitivité des entreprises…