France

François Hollande prépare la France à une longue guerre contre l'Etat islamique

Devant le parlement réuni à Versailles, le président Français a réitéré ses affirmations guerrières, promettant d’éradiquer l’Etat islamique. Arme essentielle pour l’heure: une réforme constitutionnelle destinée à donner plus de latitude aux forces de l’ordre et à l’exécutif – et risquée. Analyse de son discours

Seul face à la France: il est 17 heures lorsque Francois Hollande, debout devant les parlementaires réunis dans l’hémicycle du Congrès à Versailles, achève son discours et entonne avec eux «La Marseillaise». Le président français est presque au garde à vous, les bras tendus le long du corps. Il est arrivé entre une haie de gardes républicains. Son intervention d’une heure, ponctuée par le mot «guerre» prononcé une vingtaine de fois, a mis le pays pour longtemps en état d’urgence, sur la prorogation duquel les députés voteront mercredi, pour une durée de trois mois.

Des moyens supplémentaires

Sur les modalités policières et militaires utilisées pour «éradiquer» le groupe de l’Etat Islamique – uniquement appelé Daech dans le discours présidentiel – François Hollande est resté flou. Davantage de frappes aériennes programmées sur les sanctuaires de cette nébuleuse en Syrie et en Irak. Une convocation d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU dans l’espoir d’y obtenir une résolution. Des discussions prochaines avec Barack Obama et Vladimir Poutine. Et surtout des moyens supplémentaires: 5000 fonctionnaires de police en plus, 2500 pour l’administration pénitentiaire, 1000 pour les douanes et l’assurance d’un maintien des effectifs de l’armée jusqu'à 2019. «Je préfère le pacte de sécurité au pacte de stabilité», a anticipé François Hollande, face aux critiques assurées sur le risque de dérapages budgétaires.

Rien de spectaculaire, en revanche, pour ce qui concerne directement les théâtres d’opérations. Aucune mention d’un possible envoi de troupes au sol au Moyen-Orient. La stratégie contre cet ennemi qui a commis vendredi des «actes d’agression contre la France, ses valeurs et son art de vivre», demeure à l’évidence tributaire des réalités du terrain.

Changer la Constitution, un grand pari politique

L’essentiel du propos du chef de l’Etat Français aura été politique. Avec la proposition d’une réforme de l’article 36 de la constitution destinée à élargir le cadre des mesures d’exception sans pour autant que l’Etat de siège soit décrété. Un pari politique ambitieux pour un président toujours lesté par son impopularité, et confronté à une poussée sans précédent de l’extrême droite dans les sondages.

Réviser la constitution, en France, exige en effet de passer par un référendum, ou d’obtenir les voix les 3/5ème des élus des deux Chambres. Possible? Dans quels délais? Alors que son quinquennat s’achève en mai 2017 et que les élections régionales de décembre prochain s’annoncent catastrophiques pour la gauche au pouvoir, François Hollande court le risque de voir l’unité nationale qu’il réclame achopper sur les calculs des partis. Même si le climat sécuritaire actuel devrait faciliter une convergence de vues.

Le président d’une «France en guerre»

L’autre élément clef de cette intervention conçue comme un appel aux Français aura finalement été son passage concerné aux terroristes eux-mêmes. «Ce sont des Français qui ont tué d’autres Français», a martelé François Hollande, promettant de revoir les conditions de déchéance de la nationalité, et de durcir les mécanismes d’expulsion ou de dissolution des «associations qui provoquent la haine». Rien, en revanche, sur les sources de cette haine. Rien sur les racines de cette radicalisation islamique brandie comme l’ennemi. Rien sur les fractures que révèle cette dérive sectaire et extrémiste de nombreux jeunes français.

La volonté de François Hollande, président d’une «France en guerre» n’était pas aujourd’hui d’aider les Français à comprendre les attentats du 13 novembre, mais de les convaincre que l’Etat saura les protéger et a les moyens de le faire. «Nous devons continuer à vivre, à sortir, à influer sur le monde» a exhorté le président Français. Un volontarisme à l’épreuve d’une réalité: debout et déterminée face à cet ennemi «pas insaisissable et pas hors d’atteinte», la France n’en reste pas moins, pour l’heure, vulnérable, et en danger.

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