«J’ai décidé de ne pas être candidat au renouvellement de mon mandat. Comme je m’y étais engagé, je le fais en prenant toute ma responsabilité.» Lorsque François Hollande prononce cette phrase jeudi soir, à l’issue d’une allocution télévisée en direct d’une vingtaine de minutes prononcé devant un fond bleu et les drapeaux tricolore et européen, le rideau s’abaisse brutalement sur les cinq années écoulées à l’Elysée.

Une émotion palpable

Juste avant, avec une émotion palpable qui l’a conduit plusieurs fois à buter sur les mots, le président Français a détaillé avec précision ce qu’il considère être son bilan. «J’ai fait avancer les libertés et renforcer l’égalité hommes-femmes […] J’ai modernisé notre démocratie […] J’ai placé la France au premier rang de la lutte mondiale contre le réchauffement climatique (..) Les comptes publics sont redressés [...] La dette est préservée […] La sécurité sociale est assainie.» Le moment politique n’a pas d’équivalent. Jamais, dans l’histoire de la Ve République conçue par le Général de Gaulle pour être la rencontre entre un homme et la nation, un président en exercice n’avait ainsi abdiqué en direct.

Une décision qu'il a prise seul

Cette décision, François Hollande l’a prise seule. Jusqu’à la dernière minute, son entourage a tenu le secret. Mais la date est à tous points de vue symbolique. Depuis hier, les candidatures peuvent être déposées pour la prochaine de la gauche française des 22 et 29 janvier. Le risque de division, voire de désagrégation devenait énorme. Depuis des jours, le premier ministre Manuel Valls, assuré de se lancer très vite dans la course, piaffait d’impatience dans les médias. Les deux hommes avaient eu, lundi, un déjeuner houleux. Il fallait donc en finir. C’est ce que le locataire de l’Elysée a fait, avec deux accents forts lors de ce discours qui le transforme, pour les cinq mois à venir, en gestionnaire des affaires courantes de l’Etat.

Premier accent: la longue mention du chômage pour lequel il dit «avoir pris tous les risques», mais qui commence juste à diminuer (moins 100 000 demandeurs d’emploi depuis le début 2016 pour 3 millions au niveau national). Ce qui ne lui permettait pas, dès lors, de tenir sa promesse «d’inversion de la courbe» à laquelle il avait lié son sort dès avril 2014. Deuxième accent: son seul regret exprimé sur la proposition de la déchéance de nationalité pour les auteurs ou complices de crimes terroristes, après les attentats du 13 novembre 2015. C’est sur ce dossier que la guerre de tranchées avait dégénéré au sein de la majorité socialiste élue en juin 2012, par ailleurs divisée depuis le début du quinquennat sur l’approche du redressement économique du pays.

L’obsession qu’il avait de se démarquer de son prédécesseur Nicolas Sarkozy

Le geste présidentiel, surtout, ouvre de fait une nouvelle ère politique dans l’Hexagone. Dans Un président ne devrait pas dire ça (Ed. Stock), le livre si controversé qui transforma ces derniers mois son impopularité chronique en fardeau irrémédiable, François Hollande confirme l’obsession qu’il avait de se démarquer de son prédécesseur Nicolas Sarkozy et de sa manière compulsive de gouverner. Décider de se retirer lui-même de la vie politique – il avait évoqué cette possibilité à l’automne – quelques jours après l’échec du retour de l’ancien président a donc une extrême importance. Exit, la «revanche de 2012» tant de fois évoquée par l’un comme par l’autre.

Le combat de 2017 pourrait être celui des seconds: l’ancien locataire de Matignon François Fillon contre Manuel Valls qui pourrait prochainement abandonner ses fonctions de chef de gouvernement pour mener campagne. Deux hommes qui ne sont pas des nouveaux venus. Mais deux hommes ayant une approche commune du pouvoir: celle de l’efficacité et de l’autorité. «Le président de la République admet, avec lucidité, que son échec patent lui interdit d'aller plus loin», a commenté le vainqueur de la primaire de la droite tandis qu'Emmanuel Macron qui a salué «une décision courageuse, digne, prise en conscience».

L'ère du président non-candidat

Une autre révolution va, dans les prochains jours, découler de ce départ annoncé de François Hollande. Elle va porter sur le rôle du président, non-candidat, dans une campagne présidentielle acérée, sur laquelle plane l’ombre de Marine Le Pen, la présidente du Front national. Comment le chef de l’Etat va-t-il se conduire dans cette mêlée? Comment ses anciens ministres, et comment l’opposition résolue à l’emporter dans six mois, vont-ils se comporter à son égard?

François Hollande devait se rendre vendredi et samedi à Abu Dhabi. Jusque tard hier soir, son déplacement n’était pas annulé. Une manière d’affirmer que le sommet de l’Etat français est désormais pacifié, au-dessus des partis? L’on voit mal, en tout cas, comment ce président arrivé à l’Elysée presque par surprise, peut éviter dans les semaines qui viennent de se retrouver jeté dans l’arène. La présidence sans lendemain de François Hollande ne fait que commencer.