France

François Hollande, président d'une France «transformée» par les attaques terroristes

Dans ses vœux pour 2016, le président français a rompu avec la tradition des messages habituels d'espoir et de réconfort

Choix symbolique. Un an après les attentats de janvier contre Charlie Hebdo et l'Hyper Cacher, François Hollande a commencé ses voeux 2016 par un avertissement. «Je vous dois la vérité. Nous n'en avons pas terminé avec le terrorisme» a asséné d'emblée le président français, debout derrière son pupitre depuis le salon Napoléon III de l'Elysée, rompant avec la tradition des messages habituels d'espoir et de réconfort.

Les mots de compassion pour les victimes et leurs familles ont vite fait place à l'énoncé de l'agenda sécuritaire qui, après avoir dominé 2015 – «année de souffrance et de résistance» –, promet d'encadrer 2016, «année de vaillance».

Un agenda dont François Hollande entend bien être le premier garant, à un an et demi des prochaines élections présidentielles de mai 2017: «J'ai fait le choix de lutter plus efficacement... J'ai annoncé une révision de la constitution pour donner un fond incontestable à l'Etat d'urgence...».

L'inimaginable «Français, je suis fier de vous»

L'utilisation de la première personne dans son message enregistré disait, jeudi soir, la volonté d'établir un pacte avec les Français, y compris sur la question très controversée à gauche de la déchéance de nationalité, que le locataire de l'Elysée a confirmé vouloir instaurer pour les individus «définitivement condamnés pour actes de terrorisme». Un style bien éloigné de celui du président normal du début de mandat. Qui aurait, avant les attentats, pensé que François Hollande prononcerait, le jour des vœux, un «Français, je suis fier de vous» comme il l'a fait ce soir?

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L'autre angle d'attaque de l'année sera celui de la jeunesse. En fin tacticien, François Hollande sait qu'il n'a plus à redouter d'élections intermédiaires d'ici aux prochaines présidentielles.

Les régionales de décembre, qui s'achèveront ce lundi 4 janvier avec la désignation des présidents des grandes régions remaniées, se sont conclues avec des dégâts limités pour les socialistes au pouvoir. Place donc à l'avenir et aux nouveaux votants de 2017: ces jeunes qui, d'après les sondages et malgré son impopularité toujours record, lui restent favorables.

Des mesures pour les jeunes

Au menu? «Une extension du service civique, un plan massif de formation, de nouvelles aides à l'embauche pour les PME» et une promesse qui fera sourire en Suisse où le président Français, lors de sa visite d'Etat en avril, avait salué le système de formation professionnel helvétique: «Aucun apprenti ne doit être sans employeur, et aucun employeur sans apprenti».

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Le rappel de la victoire diplomatique obtenue avec l'accord sur le climat à l'issue de la COP 21, et l'annonce de grands travaux – au risque de faire encore plus déraper le déficit budgétaire et la dette publique – bouclent le tout, alors que le chômage a continué en 2015 de dépasser ses records et que François Hollande a plusieurs fois lié son éventuelle candidature en 2017 à l'inversion durable de sa courbe. Du président protecteur de la nation au protecteur de sa jeunesse...

Un piège tendu à l'opposition et aux détracteurs de son propre camp

Bien sûr, tout n'est pas calcul politique. Mais comment ne pas voir, dans les mots de François Hollande à propos de cette année 2015 «qui nous a changés et même transformés», un plaidoyer pro domo assorti d'un piège tendu à l'opposition de droite et aux détracteurs de son propre camp?

En louant «l'amour de la patrie, ce fil invisible», et en mettant en garde contre tous ceux «qui cherchent à diviser, comme le veulent les extrémistes», ce président français souvent perçu comme faible et indécis, mais qui a vite parlé «d'actes de guerre» à propos des attentats, entonne le registre de sa fin de quinquennat.

Le seul vœu, au fond: que 2016 soit normale...

Un chef de l'Etat en position de rempart, derrière le premier ministre Manuel Valls, seul responsable politique dont il a cité le nom. Un président qui, en ajoutant devant les caméras la gestuelle à ses mots, essaie de se réinventer, non comme un chef de guerre belliqueux, mais comme le chef d'une France en danger et menacée.

Après l'année 2015 «ensanglantée et achevée dans l'horreur», François Hollande a, en réalité, fait un seul vœu, ce 31 décembre: que l'année 2016 soit normale, grâce aux réformes qu'il se promet de mettre en place.

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