Commentaire

François Hollande, le président qui a osé renoncer

En annonçant qu'il ne se représentera pas pour un second mandat, le président français ouvre la voie à un renouvellement politique inédit. Notre commentaire

François Hollande a abdiqué. Dignement. Conscient des risques qu'une seconde candidature présidentielle aurait fait courir au débat politique français, à la gauche, et à l'image de l'Hexagone dans le monde. Car il s'agit bien, dans le contexte de la Vème République, d'une renonciation en forme d'abdication. En France, pays de monarchie républicaine, l'idée même de quitter le pouvoir sans retourner devant les électeurs semblait, jusqu'à ces derniers jours, impossible.

Lire aussi notre éditorial: Une France redevenue «normale»

Voir: l'intégralité du discours de François Hollande, ce jeudi 1er décembre 2016.

L'époque du président «normal»

Ce président-là, socialiste élu en mai 2012 sur la volonté d'être «normal» à l'Elysée et d'en finir avec les années Sarkozy, s'était transformé au fil du quinquennat. Son impopularité record en avait fait un président, de fait, anormal. Même les attaques terroristes menées contre la France ne l'ont pas réinstallé comme recours incontesté au sommet de l'Etat.

Sa décision de ne pas mener le prochain combat est dès lors une rupture logique. La pratique du pouvoir présidentiel devrait en être durablement changée. On pourra, à partir de maintenant, discuter du bilan de son quinquennat – qu'il s'est évidemment efforcé de présenter sous un jour positif, affirmant que ses cinq années passées à la tête de l'Etat ont permis à la France de résister, et à son modèle social d'être préservé.

Lire notre chronique: Pourquoi François Hollande ne doit pas se représenter

Manuel Valls, évidemment

La campagne présidentielle qui s'annonce, pour laquelle le premier ministre Manuel Valls va évidemment se déclarer candidat dans les heures à venir, sera l'occasion d'une dissection en règle des années Hollande.

Le rapport de force, à l'évidence, est aujourd'hui défavorable à la gauche, compte tenu de la forte mobilisation lors de la primaire de la droite, derrière François Fillon. Mais en arrêtant les frais au premier jour du dépôt des candidatures de la primaire de la «belle alliance populaire» désormais confirmée, le président Hollande rend possible un retournement. Il ouvre la voie au débat projet contre projet, débarrassé des questions de personnes. C'est d'un tel examen dont la France a besoin.

Il aurait été le fossoyeur de la gauche

François Hollande connaissait les risques. S'il se présentait, il serait apparu comme le fossoyeur de la gauche et, en cas de défaite lors de la primaire de son camp, comme le fossoyeur des institutions de la Vème République. Son analyse, in fine, a donc été de respecter l'esprit de ces institutions crées par le Général de Gaulle en 1958: ayant perdu le soutien populaire, accablé par des sondages toujours plus terribles, le locataire de l'Elysée se hisse, par son renoncement, dans cette catégorie des hommes d'Etat que les commentateurs lui disputent depuis son élection de mai 2012, en remplacement de Nicolas Sarkozy. La fin de son mandat sera compliquée, mais le pire des nuages, celui de la trahison – trahison des institutions, trahison de son camp... – est maintenant écarté.

On ne sauve pas un bilan par une décision. On ne sauve pas un quinquennat par une abdication. Mais l'on peut faire confiance à François Hollande, fin tacticien, pour avoir préparé avec son premier ministre les coups à venir. C'est en stratège de la future campagne de Manuel Valls que le président français s'est exprimé jeudi soir. Il en a défini les axes (défense du modèle social, lutte contre les inégalités, protection des français), et l'on peut être sûr qu'il fera tout pour que son héritage ne soit pas foulé aux pieds.

Ce président qui «ne devait pas dire ça...», a osé faire ça. Il se retrouve désormais en position d'arbitre, au dessus de la mêlée. Peut être, et c'est la formidable ironie de l'annonce de jeudi soir, plus présidentiel qu'il ne l'a jamais été.


A propos de la présidentielle française

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