François Hollande s’attaque au millefeuille territorial

France Le nombre de régions passera de 22 à 14 dès 2015. La suppression des départements, elle, attendra

S’il te plaît, dessine-moi une nouvelle carte de France! Il faut imaginer François Hollande, lundi, réunissant une poignée de ministres à l’Elysée pour déplacer les frontières des territoires comme on échange des terrains au Monopoly. Tandis que l’ancien premier ministre Jean-Marc Ayrault twitte en direct ses desiderata («Pour l’ouest, l’intérêt des populations est la fusion Pays de la Loire/Bretagne»), le président s’active pour colorier les nouvelles frontières des régions.

Marchandages

Le temps presse: il lui faut envoyer dans la soirée une tribune aux quotidiens régionaux pour ­assurer l’emballage de sa réforme. Dans la précipitation, la ­copie livrée aux rédactions comporte une coquille aussi savoureuse que lourde de sens. «Le nombre de régions passera de 22 à XXX», trahit le texte. Difficile de prétendre, après cela, que le redécoupage administratif de la France répond uniquement à des logiques géographiques et non à des marchandages…

Mais qu’importent les bourdes. Pour François Hollande, sans marges de manœuvre depuis les claques électorales des municipales et des européennes, l’essentiel était d’aller vite. La réduction du millefeuille territorial est tout simplement le seul grand chantier qu’il pourrait mener à bien sans mettre la France vent debout. Et, de fait, la seule réforme qui lui permettrait à la fois de renflouer (un peu) les caisses de l’Etat et (peut-être) de lustrer quelque peu ses plumes alors qu’il gît toujours dans la glaise de l’impopularité. Va donc, dès lors, pour une France de 14 régions au lieu des 22 actuelles.

Certaines fusionneront à deux: Basse et Haute-Normandie, Alsace et Lorraine, Bourgogne et Franche-Comté, Auvergne et Rhône-Alpes, Picardie et Champagne-Ardenne, Languedoc-Roussillon et Midi-Pyrénées. Certaines sont promises à un ménage à trois: Centre, Poitou-Charentes et Limousin. Certaines enfin resteront autonomes: Ile-de-France, Nord-Pas-de-Calais, Bretagne, Pays de la Loire, Aquitaine, Provence-Alpes-Côte d’Azur et Corse. «Ce re­découpage correspond au fait du prince», dénonce l’ancien premier ministre Jean-Pierre Raffarin. Dominique Bussereau, autre ancien ministre UMP, fustige le «copinage». Le mariage du Centre, du Poitou-Charentes et du Limousin (où se trouve la Corrèze) correspondrait aux épousailles de la fameuse ­ «promotion Voltaire» de l’ENA, où Michel Sapin, Ségolène Royal et François Hollande occupaient les mêmes bancs…

Mais le président assume. «Ces régions seront de taille européenne et capables de bâtir des stratégies territoriales», avance François Hollande dans sa tribune. L’idée est de donner plus de responsabilités à ces nouvelles entités, ­notamment en termes d’emploi, de formation, de transport ou ­d’infrastructures. «Les économies d’échelle devraient permettre de dégager quelque 10 milliards d’euros», a calculé le secrétaire d’Etat chargé de la réforme territoriale, André Vallini. Mais le chiffre est controversé.

La droite n’est pas seule à monter au créneau. Les radicaux de gauche, précieux alliés en ces temps de majorité rétrécie et frondeuse, dénoncent un «coup de force» qui irait à l’encontre des lois de décentralisation initiées autrefois par Gaston Defferre.

Référendum exclu

Après avoir reçu tous les représentants des partis (y compris Marine Le Pen pour le Front national), François Hollande a vite enterré l’idée d’un consensus. Il n’aura ni une majorité de 3/5e nécessaire à une révision de la Constitution, ni aucune chance de remporter un ­référendum s’il prenait le risque de consulter le peuple. «On sait bien que, face à une question d’intérêt général, les Français répondraient à une autre», raisonne le premier ­ministre, Manuel Valls, conscient qu’un référendum se transformerait en désaveu contre le locataire de l’Elysée. Le gouvernement renvoie dès lors à 2020 la suppression annoncée des départements, un ­véritable chamboule-tout institu­tionnel, préférant assurer une réforme à minima. Le calendrier est serré: le projet devrait être présenté en Conseil des ministres dès le 18 juin. Le 18 juin? On entend déjà les railleries sur «l’Appel» à une France réunie autour de la saucisse de Morteau et du Chablis.