France

François Hollande se met en scène à Rungis

Imitant Nicolas Sarkozy, qui avait multiplié les apparitions dans les allées du marché de gros, le président a tenu à montrer qu’il était «au travail», alors que le chômage progresse

Il a débarqué à quatre heures et demie tapantes. Enfilant un blouson blanc avec cette inscription: «Marché international de Rungis, François Hollande». Prêt à tout pour cette visite surprise auprès des centaines de grossistes. A assister à la découpe d’une tête de veau en «une minute chrono», ou à avaler de l’époisses à l’heure où la plupart de ses administrés n’avaient pas encore bu leur premier café.

Entre Noël et Nouvel An, au moment où la France comme le reste de l’Europe tournent au ralenti, le président français a voulu souligner auprès de ceux qui n’auraient pas bien saisi le message qu’il était au travail. «L’année, c’est 365 jours, donc ceux qui ont la responsabilité à la tête du pays se doivent d’être présents 365 jours», a-t-il insisté. Il ne sera pas dit, comme cet été, que le locataire de l’Elysée se la coule douce – François Hollande avait passé quinze jours au Fort de Brégançon en août dernier – alors que son pays souffre.

La ficelle est un peu grosse. D’autant que la visite du chef de l’Etat au grand marché de Rungis rappelle inévitablement celles qu’affectionnait son prédécesseur, Nicolas Sarkozy. Par trois fois, l’ancien président avait arpenté les allées des bouchers, poissonniers et autres fleuristes pour vanter la fameuse «France qui se lève tôt». Mais au rayon des symboles, François Hollande pouvait difficilement trouver mieux, lui qui veut à tout prix placer son mandat sous le signe de la lutte pour l’emploi.

En attente de résultats

Le jour de cette visite n’était dès lors pas choisi au hasard. Ce jeudi soir, les chiffres mensuels du chômage devaient être révélés. L’Elysée n’ignorait pas que la courbe marquerait une nouvelle hausse, avec 30 000 nouveaux demandeurs d’emploi. Une mauvaise nouvelle, pour le dix-neuvième mois consécutif. Dans une interview à Europe 1, vendredi dernier, François Hollande avait d’ailleurs prévenu: 2013 serait encore une année très difficile. Mais il avait réitéré son engagement: faire en sorte que d’ici à douze mois la courbe du chômage s’inverse enfin.

Après sept mois de pouvoir, les principales réformes promises lors de sa campagne électorale sont sur les rails: la création des emplois d’avenir pour les jeunes peu qualifiés, la mise en place des «contrats de génération» pour favoriser à la fois le maintien des seniors et l’embauche des jeunes dans les entreprises. Un plan pour la compétitivité, inspiré du rapport confié à l’ancien président d’EADS Louis Gallois, est également engagé, qui s’attache surtout à la réduction du coût du travail via un crédit d’impôt pour les entreprises, une mesure réclamée depuis longtemps par le patronat. Mais toutes ces mesures tardent à produire leurs effets. Le chômage atteint 10,7%, soit pratiquement le double du taux allemand (5,4%), par exemple. Et les perspectives de croissance n’ont rien de réjouissant.

Popularité en berne

Le gouvernement table sur 0,8% en 2013, mais les économistes sont moins optimistes, qui penchent plutôt pour 0,1 ou 0,4% au mieux. Faute de résultats tangibles, l’opinion s’impatiente, même si pour la première fois, le moral des ménages remonte légèrement, ce qui est bon signe pour la consommation. La cote de popularité de François Hollande a connu une chute vertigineuse. Seuls 40% des Français lui font encore confiance. Et même les déboires de la droite, avec une UMP déchirée par sa guerre des chefs, ne lui ont pas permis de redresser la barre.

Non seulement les Français, à qui François Hollande a laissé entendre que le pire de la crise était derrière eux, ne voient pas le bout du tunnel, mais les hésitations du gouvernement ont accru le doute sur le cap suivi. L’Elysée veut-il le retour de l’économie administrée, comme l’affaire de Florange l’avait un temps laissé penser – le ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg avait évoqué la nationalisation provisoire du site d’ArcelorMittal avant de se faire corriger – ou s’engage-t-il sur une voie sociale-démocrate décomplexée, pour reprendre un terme souvent utilisé par le camp d’en face? De prochaines négociations sur le marché du travail seront éclairantes. Le gouvernement pourrait favoriser une plus grande sécurité pour les salariés en échange d’une plus grande flexibilité pour les patrons.

Après ses premiers vœux de Nouvel An, lundi, François Hollande ne cédera à aucune trêve des confiseurs. Dès le 4 janvier, le gouvernement se réunira pour un grand séminaire de travail sur la situation économique et l’emploi.

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