Mali

François Hollande se mue en chef de guerre

Critiqué pour sa mollesse et son indécision, le président socialiste montre un visage différent avec le lancement de l’opération contre les combattants islamistes maliens

Jusqu’alors, beaucoup se gaussaient de la mollesse diplomatique supposée de François Hollande. Et gardaient en mémoire le souvenir du camouflet que lui avait infligé Nicolas Sarkozy l’été dernier. Alors que le président se reposait au fort de Brégançon au mois d’août, son prédécesseur prenait lui-même l’initiative d’appeler le chef du Conseil national syrien (opposition), soulignant ainsi cruellement l’attentisme qu’il prêtait au nouveau locataire de l’Elysée.

Grave, solennel

En quelques jours, ces images sont désormais balayées. Nicolas Sarkozy avait déclenché la guerre en Libye. L’histoire retiendra que même s’il préfère éviter le mot et parler de simple «opération militaire», François Hollande aura guidé la bataille au Mali, prenant les devants sur ses partenaires.

C’est un autre François Hollande que celui que l’on connaissait depuis huit mois qui s’est brièvement adressé durant tout le week-end à la nation au terme de plusieurs conseils de défense réunissant ­notamment les principaux ministres concernés par le dossier et le chef d’état-major des armées.

Grave. Solennel. Et surtout ferme. Le président se tenait informé très précisément de la situation au Mali depuis une semaine. Il ne laissait rien paraître de ce qui se préparait. Même lors de ses vœux au corps diplomatique, vendredi matin, il n’avait rien trahi de ses intentions tout en tenant des propos qui, après coup, résonnent désormais sans équivoque. «Les islamistes cherchent à porter un coup fatal à l’existence même du Mali. La France, comme ses partenaires africains et l’ensemble de la communauté internationale, ne pourra pas l’accepter», avait averti le locataire de l’Elysée.

La veille, il avait déjà eu le président américain Barack Obama au téléphone pour s’entretenir avec lui de la situation et obtenir son feu vert. Une fenêtre d’opportunité se dégageait pour le jour même. L’opération serait légale, l’ONU ayant marqué son accord après avoir adopté, fin décembre, une résolution autorisant à prendre toutes les mesures nécessaires pour soutenir les autorités maliennes confrontées à une agression de type terroriste. François Hollande n’a pas hésité. Au point de surprendre certains militaires par sa détermination!

Consensus national

Pour l’heure, le consensus national est presque parfait. Hormis le Front de gauche de Jean-Luc Mélenchon, toute la classe politique soutient l’intervention malienne, y compris le Front national de Marine Le Pen. Mais gageons que la polémique politique ne manquera pas d’éclore. François Hollande a-t-il voulu, au sens propre comme au sens figuré, ouvrir un autre front, détourner l’attention alors que des centaines de milliers de personnes défilaient à Paris ce week-end contre son projet de mariage et d’adoption pour tous? Ce serait faire injure au sens des responsabilités de tout dirigeant. Et faire fi de l’adage qui veut qu’une guerre n’a jamais suffi à rendre un président populaire, même si l’engagement de Nicolas Sarkozy en Libye avait été salué. Faut-il rappeler que c’est en refusant de la faire contre l’Irak, en 2003, que Jacques Chirac s’était taillé une place à part dans l’opinion?

François Hollande, désormais chef de guerre, va devoir ces jours prochains se muer en chef de la nation. Et associer toutes les forces du pays à l’opération. Le partage des rôles est d’ores et déjà défini. C’est le premier ministre, Jean-Marc Ayrault, qui recevra dès ce lundi les présidents de l’Assemblée, du Sénat et des différents groupes parlementaires, pour les tenir informés de la situation. Ce gouvernement, tant moqué ces derniers mois pour son amateurisme et ses dissonances, joue désormais sur le terrain de la politique étrangère un test décisif pour sa crédibilité.

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