France

François Hollande a six mois pour survivre

Devant des citoyens sourds à ses explications, le président français a surtout pris date jeudi devant les caméras. Il annoncera fin 2016 sa décision ou non de se représenter

D’abord le costume du pilote présidentiel: «J’ai un cap. J’ai un fil conducteur.» Puis celui du chef de l’Etat rassurant, malgré la tourmente: «La France va mieux. Plus de croissance. Moins de déficits. Plus de marge pour les entreprises.» Sur le plateau du «Dialogue citoyen» de France 2 jeudi soir, François Hollande s’est employé à faire mentir par son assurance les 82% de Français qui, selon un sondage Odoxa pour France-Info, le croient seulement capable, désormais, de «gérer les affaires courantes». Et pour cause: malgré le mur d’incompréhension à nouveau illustré par cette confrontation avec quatre citoyens plein de reproches à son égard, le président français croit encore que sa survie politique est jouable dans les six mois à venir, d’ici à l’annonce, ou non, de sa candidature à la présidentielle de mai 2017. Une décision qu’il prendra, a-t-il annoncé, «d’ici la fin de l’année», soit sans doute après le 27 novembre, date du second tour de la primaire à droite.

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 Six mois. Sur le papier, et au vu de son abyssale impopularité (moins de 15% d’opinions favorables, 76% de Français défavorables à une seconde candidature), ce semestre ressemble à un précipice dont le locataire de l’Elysée n’a aucune chance de sortir. D’autant que la réforme engagée du code du travail – dont il a confirmé le maintien malgré les vives protestations syndicales et étudiantes – fracture plus que jamais la gauche. Sauf que la politique, version François Hollande, ressemble à ces nonante minutes télévisées passées à essayer de convaincre, à se faire couper la parole et à essuyer des remarques sévères, y compris de la part de la journaliste Lea Salamé. «Exercice fascinant. On l’enterre, il sort du sable et se réinstalle dans l’arène à sa façon: pugnace, mais jamais agressif», commentait vendredi dans Le Monde l’éditorialiste Françoise Fressoz. En clair: l’homme qui, devant les téléspectateurs, s’est défendu d’être «indifférent» et a affirmé «vivre avec la tragédie», croit toujours à la possibilité de rempiler. Envers et contre tous.

La question posée est, dès lors, de savoir quelles sont les cartes dont le chef de l’Etat le plus faible de la Ve République dispose encore. Et de quelle façon il peut les abattre pour espérer remporter au moins la première manche: à savoir imposer sa candidature à un Parti socialiste officiellement rallié, depuis son conseil national du 9 avril, à l’idée de «primaires». Or là, dans son costume un peu froissé en fin d’émission, François Hollande a fourni un début de réponse.

Point 1: le président de la République, qui a promis de «continuer à réformer chaque jour jusqu’à la fin du quinquennat», croit que son bilan pourtant très contesté tiendra vaille que vaille la route face au candidat de droite, surtout s’il s’agit de son prédécesseur Nicolas Sarkozy. Point 2: François Hollande, élu sur le thème du président normal, mise maintenant sur son image de «président tenace» dont on peut certes critiquer les choix, mais pas le courage, cette vertu qu’il a estimé être «la plus importante» pour gouverner. Point 3: le locataire de l’Elysée, qui n’a même pas tenté jeudi soir de surjouer son rôle de protecteur face aux terroristes, estime que sa connaissance des dossiers – en dépit de ses réponses floues sur les contrats de travail – finira par payer. Point 4 enfin: le pari de la transparence. Liant de nouveau son sort au chômage, le chef de l’Etat a reconnu qu’il «aurait du aller plus vite» au début de son quinquennat. Un début de mea culpa qu’il répétera sans doute haut et fort. En sachant que les électeurs, c’est bien connu, tendent à pardonner aux gouvernants qui admettent leurs erreurs.

L’ultime leçon de cette improbable et assez ennuyeuse conversation télévisée, lors de laquelle les «citoyens» l’ont parfois carrément moqué – comme lorsque l’étudiant marseillais a décliné «Vous président… Vous candidat…» –, est enfin la donne politique. François Hollande est dans la position du boxeur qui défend. Il sait que les coups vont pleuvoir. Il sait aussi qu’une défaite au premier tour de la présidentielle est probable. Mais il ne croit pas, en revanche, que quiconque à gauche puisse lui barrer la route d’une seconde candidature. La primaire? Il ne la prend à l’évidence pas au sérieux. Manuel Valls? Le président l’a de nouveau taclé, rejetant son idée d’interdire le voile islamique à l’université. Emmanuel Macron? «Il sait ce qu’il me doit. C’est une question de loyauté personnelle et politique.» A sa manière, en zig zag, confus mais tenace, préférant les petits pions aux grandes réformes, François Hollande a démontré jeudi soir qu’il ne lâchera rien durant ces six mois fatidiques.

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