«Je repars en congé de courtoisie.» Henri Emmanuelli, l'un des partisans du non au référendum de ratification du traité constitutionnel européen tente de se frayer un passage vers la sortie du siège du Parti socialiste français où vient de s'achever une réunion du Bureau national. Le député s'est mis volontairement en vacances des instances de son parti afin de faire librement campagne. Mais il est revenu mardi soir pour une séance, une seule avant le scrutin du 29 mai. Celle qui devait mettre fin à la cacophonie politique qui règne depuis plusieurs jours au PS.

La semaine dernière, on a vu un sénateur, Jean-Luc Mélenchon, et un député socialiste, Marc Dolez, à la tribune de deux meetings contre la Constitution aux côtés de dirigeants communistes. Laurent Fabius a donné un véritable cours de refus lors d'une émission de France 2. Quant à Henri Emmanuelli, il vient d'annoncer qu'il a l'intention de créer des collectifs socialistes pour le non dans tous les départements français. Cette cacophonie trouble les militants du PS qui ont décidé à une forte majorité (près de 60%) d'approuver le traité constitutionnel. Mais ce ne serait qu'une crise pour un parti qui en a connu d'autres si elle ne se traduisait pas dans les sondages d'opinion, respectivement 51 et 52% de non dans les deux dernières enquêtes.

Hier soir, c'était donc jour de décision. Exclusion? Suspension? Rien de tout ça. Mais une déclaration solennelle du Bureau national qui proclame que ceux qui ne respectent pas le oui des militants «ne peuvent plus, à partir d'aujourd'hui et jusqu'au 29 mai, engager de quelque façon que ce soit le Parti socialiste». Cette décision minimaliste décevra ceux qui espéraient du sang et des larmes. Henri Emmanuelli s'en amusait en affirmant qu'il venait d'apprendre que la suspension était de toute façon impossible statutairement. Et Jean-Luc Mélenchon rappelait que dans une organisation comme le PS, il y a des cérémonies symboliques, en ajoutant que celle-ci «s'était plutôt bien passée».

Leader fragile

Faute de condamnation plus brutale, François Hollande s'est exprimé sur un ton d'une fermeté inhabituelle devant les micros et les caméras (lui qui est généralement primesautier). «Le respect du vote ne se discute pas», a-t-il dit. Avant d'ajouter qu'il faut «aussi penser au rassemblement, car il y aura un après 29 mai». François Hollande reste le leader fragile d'un parti divisé. Il est aussi le seul qui est parvenu à en préserver l'unité après le désastre du 21 avril 2002. Mais il n'y dispose pas d'une majorité à lui tout seul. Et la décision du Bureau national, aussi modérée qu'elle paraisse, n'était pas acquise d'avance. «Il a restauré la parole officielle du PS», déclarait Julien Dray, le porte-parole du parti.

Cependant, deux logiques politiques s'affrontent et continueront de s'affronter. Pas sur la Constitution (le scrutin du 29 mai mettra un terme à ce débat), mais sur l'orientation et l'organisation du PS. Doit-il choisir un réformisme raisonnable ou radicaliser ses positions pour retrouver son électorat populaire? Doit-il, surtout, abandonner le mode de fonctionnement qui était le sien jusqu'ici, avec ses courants et ses alliances instables? Henri Emmanuelli expliquait «que François Mitterrand avait créé ce parti sur la logique de la proportionnelle et qu'on était en train de le faire évoluer vers une logique majoritaire» où tout se décide par le vote de l'ensemble des militants. Dans la logique proportionnelle, chacun peut garder son quant-à-soi politique. Alors qu'il faut se soumettre aux décisions majoritaires ou finir par se démettre.

Derrière la bataille de la Constitution, c'est donc un autre conflit qui se règle, et une autre vision du grand parti de gauche qui se révèle dans des circonstances difficiles. Celle qu'incarne François Hollande, dont ses adversaires disent cruellement qu'il est incapable d'incarner quoi que ce soit.