L’homme qui ne veut plus promettre

En accueillant dimanche François Hollande à Dijon, la ville dont il est le maire depuis 2001, François Rebsamen pouvait s’attendre à quelques mots présidentiels sur les chiffres désastreux du chômage en septembre. Mais rien n’est venu. Plus question, pour le chef de l’Etat français, de se lancer dans des promesses chiffrées après avoir tant annoncé une «inversion de la courbe», alors que le nombre de demandeurs d’emploi atteint 3,43 millions de personnes (sur une population active de 30 millions), soit 19 200 de plus qu’en août et un demi-million de plus qu’en juin 2012. En sachant que si l’on tient compte des chômeurs en activité réduite, ce chiffre atteint 5,12 millions… à comparer avec les 2,9 millions d’Allemands à la recherche d’un emploi, pour une population active de 41,7 millions.

Dramaturgie chiffrée

Pas question non plus, pour le locataire de l’Elysée venu célébrer en Côte-d’Or le 25e congrès de la Fédération Léo Lagrange, proche du PS, de commenter ce que son ministre du Travail avait déclaré vendredi. «Nous sommes en échec», avait lâché François Rebsamen dans un entretien au Parisien. Ajoutant: «On a beau faire feu de tout bois, tant qu’une croissance plus forte n’est pas là, il n’y a pas assez de création d’emplois.»

Les propos du maire de Dijon, qui avait provoqué un tollé à gauche en septembre en se prononçant pour un contrôle accru des chômeurs, ne sont toutefois pas un simple aveu d’impuissance. L’ancien numéro 2 du PS joue en réalité une double carte: celle de la dramaturgie chiffrée pour mettre les syndicats devant leurs responsabilités, et celle de la communication réaliste pour signifier qu’il n’entend pas porter politiquement le chapeau de la détérioration sur le front de l’emploi. Une tactique sans doute avalisée par Manuel Valls, désireux, comme il l’a expliqué à L’Obs, «d’agir de façon pragmatique sur le marché du travail» pour promouvoir une sorte de «Jobs Act» à l’italienne. Et une façon, aussi, de rappeler au premier ministre qu’il reste en attente, s’il fait le boulot requis de déblayage, du seul poste qu’il a toujours convoité au gouvernement: celui de ministre de l’Intérieur.