france

François-Marie Banier, l’homme par qui l’affaire Bettencourt a éclaté

L’artiste n’a cessé de chercher des mécènes, de Madeleine Castaing à Liliane Bettencourt

Il assure avoir désormais une tête de ouistiti. On se délectait autrefois de sa crinière et de sa grâce félines. On le dit peau de vache, langue de vipère et parasite. François-Marie Banier appelle à la comparaison animalière. Le vieux singe est à la source de l’affaire politico-financière la plus retentissante du moment.

Acte un: il est accusé d’«abus de faiblesse» par la fille de Liliane Bettencourt, héritière de l’empire L’Oréal qui lui aurait fait des dons à hauteur de un milliard d’euros. Acte deux: les révélations s’enchaînent – nourries par les enregistrements pirates du majordome de la femme la plus riche de France – et finissent par éclabousser le ministre du Travail, Eric Woerth, et le président de la République (lire ci-dessous). Le procès de François-Marie Banier, qui aurait dû débuter début juillet, a été reporté pour un complément d’enquête. Portrait de celui par qui tout a commencé.

Félin

Encore adolescent, le jeune Banyai, de son vrai nom, se lance dans le monde avec la fougue et le cynisme d’un Rastignac. A 16 ans, traînant dans les palaces, il rencontre Salvador Dali, à qui il présente ses dessins. Le maître lui trouve le trait un peu épais. A 22 ans, en 1969, il publie son premier roman «Les résidences secondaires». Il fréquente François Mauriac, Pierre Cardin, Louis Aragon – vieillard généreux et régulièrement détroussé par des jouvenceaux.

Saint-Germain-des-Prés savou­re ses manières insolentes. «Il se voulait grivois, il était embarrassant», relativise toutefois Pierre Bergé dans ses mémoires. «C’était un très beau jeune homme, se souvient l’animatrice Eve Ruggieri, interrogée par Le Temps. Il semblait animé par le désir de réussite et de notoriété, jouant tout à la fois de son charme et de son intelligence. Il maîtrisait parfaitement les codes de la séduction, tout en ayant un côté sans foi ni loi qui enivrait les dames de la grande bourgeoisie.» La femme de lettres Edmonde Charles-Roux, ainsi, a eu le privilège d’être emmenée à l’opéra… en Mobylette bleue. Une journaliste suisse, qui a partagé la même résidence d’été que le libertin au Cap d’Antibes, se rappelle d’«un garçon qui, chaque matin à l’aube, lisait depuis le parc les poèmes écrits dans la nuit à la propriétaire de la demeure installée à sa fenêtre». Pour François-Marie Banier, homosexuel déclaré, c’est le début d’une ère de relations tumultueuses avec les vieilles dames.

Parasite

Marie-Laure de Noailles d’abord, vicomtesse et mécène de l’après-guerre. Dans ses salons parisiens se pressent Bunuel, Dali, Man Ray ou Poulenc. Elle dit de François-Marie qu’il a «la voix de Cocteau, l’allure de Rimbaud et la chevelure de Saint-Saëns». A sa mort, il se lie à la décoratrice Madeleine Castaing. Comme elle a soutenu le peintre Soutine, elle lance le photographe Banier, lui achetant des clichés à prix toujours plus élevé.

Son petit-fils a gagné en mai dernier un procès pour diffamation intenté par l’artiste mondain, après un article ayant évoqué son comportement douteux. «Je n’ai pas envie de revenir sur cette histoire, mais je peux vous répéter que Banier s’amusait à pisser dans les tasses de thé de ma grand-mère et qu’il lui a cassé le col du fémur», nous assène Frédéric Castaing. Plusieurs témoignages produits à l’occasion du jugement évoquent le «harcèlement» dont la vieille dame aurait été l’objet jusqu’à céder un jardin d’hiver au jeune photographe.

L’épouse du magnat du pétrole Sao Schlumberger, l’actrice Silvana Mangano ou la journaliste Françoise Giroud ont tour à tour été sensibles à la tendresse parfois méchante de François-Marie Banier. «Pour beaucoup, j’ai remplacé le fils mort», dira ensuite le rejeton d’une Franco-Italienne frivole et d’un ouvrier hongrois reconverti dans la publicité, qui l’aura battu toute son enfance.

Peau de vache

Avec Liliane Bettencourt, croisée au cours d’un dîner chez Pierre Lazareff en 1969 et retrouvée lors d’une séance de pose en 1987, l’écrivain souffle aussi le chaud et le froid. Et obtient toujours plus. Assurances-vie, biens immobiliers, tableaux de maîtres, contrats juteux ou sponsoring d’expositions et de livres. La fille de la milliardaire assure qu’il profite de la vulnérabilité psychologique de sa mère pour la détrousser. Un article du Point mentionne que les cessions les plus importantes ont été faites après des hospitalisations. La vieille dame, elle, répète qu’elle est consentante et ­refuse toute expertise psy­chia­trique.

«Je crois qu’il se fout sincèrement de l’argent mais qu’il s’amuse de voir jusqu’où il peut pousser les gens, être le démiurge, analyse Eve Ruggieri. Et je me souviens qu’à l’époque déjà, il pouvait être odieux avec les personnes ne sachant pas lui résister.» Inventeur du nom «Poison» pour le parfum Dior, le provocateur est aussi apprécié pour sa langue de vipère qui distrait les snobs lorsqu’ils n’en sont pas la cible.

Vieux singe

Neuf romans, trois pièces de théâtre, quelques films et des centaines de milliers de photos, François-Marie Banier dit avoir beaucoup appris de ses vieilles fréquentations – dont François Mitterrand a aussi fait partie. «C’est un photographe mondain et inintéressant», clame une figure de la photographie parisienne. «Il a une approche du portrait tout à fait pertinente, estime au contraire Olivier Spillebout, directeur du festival des Transphotographiques, à Lille, qui a plusieurs fois exposé FMB. Mais c’est vrai que son talent tient aussi à sa proximité avec les célébrités.» L’homme a photographié Isabelle Adjani, Caroline de Monaco ou John­ny Depp.

A 63 ans, François-Marie Banier, qui vit depuis longtemps avec le comédien Pascal Greggory – dans son hôtel particulier de la rue Servandoni – et depuis moins longtemps avec le neveu de celui-ci Martin d’Orgeval, n’a rien perdu de sa volonté de plaire. «Il cherche à séduire en permanence, admet Olivier Spillebout. Cela le rend attachant, mais cela peut énerver aussi car il est très intrusif et veut tout de suite devenir copain.» Copain, il sait aussi être généreux. Il aurait épongé les dettes d’une journaliste et finance largement un institut dédié aux enfants traumatisés.

Publicité