Les deux hommes, arrêtés lundi à l’aube à leur domicile parisien, ont passé deux nuits en prison. Mais après leur mise en examen par un juge d’instruction, ils ont été laissés en liberté sous contrôle judiciaire, selon leurs avocats.

La tentaculaire affaire Bettencourt, qui a pris ces deux dernières années une dimension politique et fiscale, revient ainsi à ses origines, à savoir un différend familial entre la milliardaire âgée de 89 ans et sa fille unique, François Bettencourt-Meyers.

Cette dernière a longtemps accusé François-Marie Banier, artiste et photographe mondain très introduit dans le tout-Paris, d’avoir indûment bénéficié des largesses de sa mère, dont elle affirmait qu’elle n’avait plus toute sa tête. Le chiffre d’un milliard d’euros avait été avancé pour évaluer les dons et divers cadeaux faits à Banier par l’héritière du numéro un mondial des cosmétiques, qui disait apprécier sa compagnie et être en totale possession de ses moyens.

Un accord était cependant intervenu en décembre 2010, aux termes duquel il renonçait à des contrats d’assurance-vie d’un montant de 700 millions d’euros et s’engageait à ne plus fréquenter la milliardaire.

Mais l’enquête judiciaire a été relancée par des expertises médicales effectuées en juin de cette année. Elles ont établi que Liliane Bettencourt souffrait d’«une maladie d’Alzheimer à un stade modérément sévère avec une possible participation vasculaire», et qu’elle était la proie d’un «processus dégénératif cérébral lent et progressif». La vieille dame a été récemment placée sous la tutelle de sa fille et de ses petits-enfants.

François-Marie Banier et son compagnon, Martin d’Orgeval, doivent désormais s’expliquer devant la justice sur des cadeaux reçus à partir de septembre 2006, qui font l’objet d’une enquête pour «escroquerie, abus de confiance, blanchiment, abus de faiblesse et recel au préjudice de Mme Liliane Bettencourt».

On leur reproche d’avoir obtenu respectivement 103 et 23 millions d’euros de l’héritière, rapportent Le Monde et la radio RTL, montant jugé «vraisemblable» par l’entourage de François-Marie Banier. Les 103 millions seraient composés d’une assurance-vie de 80 millions d’euros, d’une somme d’argent de 10 millions d’euros et de 9,9 millions d’euros d’objets d’art. Devant le juge, ils ont contesté les faits, ont indiqué leurs avocats. Pour les deux hommes, ces cadeaux leur ont été faits de plein gré.

Plusieurs autres personnes pourraient être inquiétées dans le cadre de cette affaire. Certaines appartiennent à l’entourage de Liliane Bettencourt, comme son ancien gestionnaire de fortune, Patrice de Maistre, qui a été interpellé mercredi par la police. D’autres sont des proches du couple, comme le comédien Pascal Greggory.

Les mises en examen de François-Marie Banier et de Martin d’Orgeval, sont les premières dans cette affaire qui secoue et inquiète l’establishment français.

Elle est suivie avec beaucoup d’attention par le gouvernement car elle pourrait avoir des conséquences sur l’actionnariat de L’Oréal, fleuron de l’industrie française. Liliane Bettencourt en est la première actionnaire, devant le géant suisse de l’agroalimentaire Nestlé.

Elle a par ailleurs charrié des soupçons de financement politique illégal et de favoritisme, qui ont éclaboussé un proche du président Nicolas Sarkozy, l’ex-ministre du Travail Eric Woerth, contraint de quitter le gouvernement fin 2010.