BHV. A Paris, le sigle sonne comme la promesse de joyeux bricolages (Bazar de l’Hôtel de Ville). En Belgique, il signifie cycliquement la fin du gouvernement. Bruxelles-Hal-Vilevorde est la seule circonscription, électorale et judiciaire, bilingue du pays. C’en est trop pour les Flamands, militant en faveur d’une parfaite unité linguistique. Adélaïde Boodts, chercheuse à l’Institut français des relations internationales, à Bruxelles, revient sur les divisions communautaires qui fissurent l’Etat belge depuis sa création.

Le Temps: A quand remontent les divisions linguistiques de la Belgique?

Adélaïde Boodts: Le mouvement flamand s’est développé au XIXe siècle sur la revendication de la valorisation de sa langue. En 1898, le néerlandais a obtenu la même valeur juridique que le français. En 1921, des lois fixent les frontières linguistiques pour la première fois. Bruxelles a alors reçu son statut bilingue. L’idée a ensuite été émise d’adapter le front linguistique selon un recensement effectué chaque décennie. Le premier, en 1947, a montré que beaucoup de francophones au nord de Bruxelles vivaient dans les provinces flamandes. Le concept d’ajustement a alors été retiré. Les tensions viennent aussi du fait que pendant longtemps, les Flamands devaient connaître le français pour travailler en Wallonie, beaucoup plus riche. Les francophones, eux, n’ont jamais vraiment fait l’effort d’apprendre le néerlandais.

– Les Flamands sont donc devenus un peu chatouilleux sur le sujet?

– Oui, d’autant que la réalité économique s’est inversée. Suite à la crise industrielle des années 1960, beaucoup de mines de charbon ont fermé et ce sont aujourd’hui les Wallons qui doivent maîtriser le néerlandais s’ils veulent postuler pour un emploi en Flandre. Frustrés depuis la création de l’Etat belge [ndlr: 1830], les Flamands ont désormais les moyens de faire reconnaître pleinement leur langue et leur identité. Ils sont en position de force pour négocier toutes sortes de choses. Du coup, c’est un marchandage permanent.

– Quels sont les rapports communautaires au quotidien?

– Les citoyens belges s’intéressent finalement assez peu à ce problème et vivent plutôt bien entre eux. La bagarre est d’abord politique. Les partis nationalistes flamands instrumentalisent la question des langues et cela finit parfois par déteindre sur les gens. Il y a certaines tensions. On entend des histoires comme ces propriétaires qui refusent les locataires ne parlant pas leur langue.

– Au-delà de la langue, qu’est-ce qui divise les communautés?

– La répartition des richesses provoque des discordes. Les dossiers de la fiscalité et de la sécurité sociale reviennent régulièrement sur le tapis.

– Le pays semble engluée dans ces problèmes. Voyez-vous une sortie?

– Le néerlandais et le français doivent être enseignés dans toutes les écoles du pays dès le plus jeune âge, et pas seulement à Bruxelles. On ne peut comprendre l’autre sans parler sa langue.