L'essentiel

Alors que la question de la discipline de confinement a été mise en avant comme enjeu du week-end pascal, samedi, le trafic du Gothard a été calme.

L'OMS a mis en garde: une levée prématurée des mesures de confinement prises pour endiguer la propagation du coronavirus pourrait entraîner une «résurgence mortelle» de la pandémie.

Lors d'un point presse, les autorités fédérales ont appelé les Suisses à respecter les mesures sanitaires en ce week-end pascal, tandis que les projections pour l'économie suisse s'avèrent plus mauvaises que prévues. 

Retrouvez les nouvelles de vendredi.


■ Frank-Walter Steinmeier: la pandémie «n'est pas une guerre» mais un «test d'humanité» 

«Non, cette pandémie n'est pas une guerre. Les nations ne s'opposent pas à d'autres nations, les soldats à d'autres soldats. C'est un test de notre humanité», a déclaré aujourd'hui le président allemand Frank-Walter Steinmeier lors d'une rare allocution télévisée.

Cette crise «fait ressortir le meilleur et le pire des gens. Montrons aux autres ce qu'il y a de meilleur en nous», a-t-il demandé à ses concitoyens.

Frank-Walter Steinmeier prend ainsi le contre-pied du président français Emmanuel Macron qui, martial, avait martelé à la télévision française mi-mars être «en guerre» contre la pandémie et annoncé un confinement généralisé de sa population.

Une voie que n'a jusqu'ici pas suivi l'Allemagne qui n'applique pas un confinement strict. Avec un nombre de décès officiellement liés au Covid-19 contenus à ce stade à quelque 2 500 morts, le pays semble pour le moment mieux faire face à la pandémie que nombre de ses voisins européens.


■ Rifat Chadirji, père de l'architecture irakienne moderne, est mort

«C'est une gigantesque figure de l'Irak du 20e siècle qui disparaît, on n'en compte plus que sur les doigts d'une seule main», affirme à l'AFP Caecilia Pieri, chercheuse associée à l'Institut français du Proche-Orient (IFPO).

Décédé vendredi en Grande-Bretagne où il résidait, l'architecte et photographe de 93 ans a été partie prenante de tous les grands chantiers monumentaux de l'Irak entre 1950 et 1980. Il a notamment conçu le Monument de la Liberté, qui surplombe la place Tahrir, épicentre de la récente révolte populaire irakienne à Bagdad. 

Il a également été l'architecte du siège de la Compagnie nationale d'assurance de Mossoul, récemment démoli après que les jihadistes du groupe Etat islamique l'ont utilisé pour jeter dans le vide ceux qu'ils accusaient d'homosexualité.

Son oeuvre a été marquée par «la question de savoir comment faire à la fois local, en lien avec la tradition, mais tout en modernisant pour éviter le pastiche», décrypte Mme Pieri, autrice de Bagdad, 1914-1960, la construction d'une capitale moderne.


■ Un instantané: à Istanbul

Un chien égaré prend un bain de soleil devant la basilique Sainte-Sophie, à Istanbul. Peut-être une façon de prendre acte du couvre-feu de 48 heures qu'a annoncé le gouvernement turc, afin d'éviter la propagation de l'épidémie du COVID-19. 


■ Le point du samedi de l'Office fédéral de la santé publique

Trois fois par semaine au moins, l'OFSP et d'autres instances fédérales font un point de situation.

Les principales annonces: 

Ne pas relâcher la vigilance

Malgré une légère diminution du nombre de cas par jour (entre 500 et 700), Daniel Koch, responsable de la division des maladies transmissibles de l’OFSP, répète que les Suisses ne doivent pas relâcher leurs efforts, en particulier en ce week-end pascal. «Tenez-vous en aux règles et restez à la maison, même s’il fait très beau. Marchez autour de votre bâtiment et essayez rencontrer le moins de gens possibles.»

Le «Monsieur coronavirus» helvétique rappelle aussi que le COVID-19 ne touche pas uniquement les personnes âgées, mais aussi les 55-65 ans, qui peuvent tomber très malades même sans maladie préexistante. Selon les données de l'OFSP, 8 à 10% des personnes de cette tranche d'âge qui ont été hospitalisées n'avaient pas de problème de co-morbidité, a précisé Daniel Koch.

Des scénarios de récession entre 7 et 10%

Le scénario économique envisagé par le Secrétariat d'Etat à l'économie (SECO) au 19 mars a déjà été atteint, notamment le recul de 1,5% du PIB, a expliqué Eric Scheidegger. Le SECO va remanier ses prévisions conjoncturelles en fonction de deux nouveaux scénarios.

Le premier, en «V», prévoit une récession brutale au premier semestre, suivie d'une récupération assez rapide au second semestre 2020. Le PIB reculerait alors de 7%, comme ce fut le cas au moment du premier choc pétrolier en 1974. Pour 2021 et 2022, le chômage augmenterait de 4%. 

Le second scénario, en «L», ne prévoit qu'une remontée très lente du PIB au second semestre ainsi qu'en 2021. Le PIB chuterait alors de 10% et la hausse du chômage pourrait aller jusqu'à 7%. 

Un site pour rassembler les bonnes idées 

Pour rendre visible les initiatives privées et publiques de lutte contre le coronavirus, l'organisation Staatslabor va mettre en place une plateforme d'informations et d'échanges avec l'administration publique. Sous l'adresse www.covid19-societecivile.ch, elle servira de pont et de point de contact également avec des experts, a expliqué Alenka Bonnard, codirectrice de l'organisation.

Ainsi, si quelqu'un développe un système qui permet de savoir en temps réel combien de lits sont disponibles dans les hôpitaux de Suisse, cela permettrait de pouvoir répartir de manière plus efficace la répartition de patients qui ont besoin de soins intensifs. Mais encore faut-il connaître l'outil. La plateforme devrait le rendre visible et le faire connaître de l'administration publique.

L'armée va revoir son dispositif à la baisse

5000 femmes et hommes, dont certain.e.s sont en réserve, sont actuellement engagés dans 50 hôpitaux au Tessin, en Suisse romande à Genève, Vaud, Neuchâtel et le Valais et en Suisse alémanique, principalement à Lucerne, Soleure, Bâle-Ville et Bâle-Campagne.

«Nous cherchons maintenant le point d'équilibre et allons trouver des solutions avec les partenaires comme les cantons», a souligné Raynald Droz, chef d'état-major du commandement des opérations au Département fédéral de la défense samedi lors d'un point de presse à Berne.

Certains soldats pourront partir en congé dès mardi, mais pas plus de cinq à la fois. «La situation a l'air d'être sous contrôle, mais il ne faut pas se réjouir trop vite. Nous devons rester en veille au cas où il nous faudrait revenir.» 


■ En Espagne, le bilan quotidien diminue pour le troisième jour d'affilée

En 24 heures, 510 décès ont été recensés, ce qui porte à 16 353 le nombre total de décès dans le pays, le troisième du monde le plus endeuillé par la pandémie. 

Les cas de nouveau coronavirus confirmés s'élèvent à 161 852, environ 4800 de plus que vendredi.

Le gouvernement avait ordonné le 29 mars l'arrêt, pour quinze jours, de toutes les activités économiques non essentielles, et cette mesure d' «hibernation» de l'économie prendra fin comme prévu lundi dans le pays, où les entreprises pourront rouvrir.


■ Alain Berset exhorte les Suisses à rester disciplinés 

Dans une interview parue ce samedi dans les publications du groupe de médias CH-Media, le ministre de la santé insiste: il ne faut pas sous-estimer le danger d'un contrecoup dans la lutte contre le coronavirus en Suisse. Les Helvètes doivent rester disciplinés, surtout pendant les vacances de Pâques. «Sans cela, les infections augmenteront à nouveau. Il n'y a pas de raccourci. Nous devons aller jusqu'au bout.»

 

Alain Berset se penche également sur la question controversée au niveau international de savoir s'il est judicieux ou non de porter des masques afin de prévenir les contaminations par le virus. «Bien sûr, tout le monde est autorisé à porter un masque s'il le souhaite, rappelle-t-il. Dans la phase actuelle, les personnes en bonne santé n'ont pas besoin d'en porter un.»


■ Les humains doivent cesser de «mépriser» la nature, avertit la primatologue britannique Jane Goodall 

«Nous devons comprendre que nous faisons partie du monde naturel, que nous en dépendons, et qu'en le détruisant, en fait, nous volons l'avenir de nos enfants.»

«Tout le monde peut avoir un impact chaque jour, si vous pensez aux conséquences des petits choix que vous faites: ce que vous mangez; d'où ça vient; est-ce que ça a causé de la cruauté envers les animaux; est-ce que ça provient d'une agriculture intensive, ce qui est le cas en général; est-ce que c'est bon marché grâce à du travail forcé d'enfants; est-ce que sa production a nuit à l'environnement; combien de kilomètres a-t-il fallu le faire voyager; avez vous pensé à marcher au lieu de prendre la voiture?»

«Comment pourriez vous lutter contre la pauvreté, parce que les gens pauvres ne peuvent pas faire ce genre de choix éthiques, ils doivent faire ce qu'ils peuvent pour survivre, ils ne peuvent pas se poser ces questions sur ce qu'ils achètent, ça doit être le moins cher et ils abattront le dernier arbre parce qu'ils sont au désespoir de trouver de la terre pour faire pousser quelque chose à manger... Ce que nous pouvons faire chacun dans notre vie dépend de qui nous sommes, mais nous pouvons tous faire une différence, tous.»

Propos recueillis par l'AFP lors d'une conférence téléphonique à l'occasion de la sortie d'un nouveau documentaire produit par National Geographic, Jane, un message d'espoir.


■ Les Etats-Unis sur le point de devenir le pays le plus endeuillé au monde. 

Les Etats-Unis sont devenus le premier pays au monde à dépasser les 2000 morts du nouveau coronavirus en une journée. Le dernier comptage de l'université Johns Hopkins vendredi a dénombré 2108 décès supplémentaires enregistrés en 24 heures.

Le nombre total de morts recensés aux Etats-Unis est de 18 586, soit très proche du pays le plus endeuillé, l'Italie, qui déplore 18'849 décès, mais avec une population cinq fois moins importante. L'Amérique a par ailleurs franchi la barre du demi-million de cas officiellement déclarés de la maladie (+35 000 cas en 24 heures).

L'épicentre de l'épidémie américaine se situe à New York, l'Etat déplorant à lui seul plus de 7800 morts et plus de 160 000 cas positifs.