Des frappes en Syrie semblent inévitables

Monde arabe Les Etats-Unis ont mené une opération secrète au début de l’été pour tenter de libérer des otages. En vain

Ils vont tôt ou tard s’en prendre à l’Etat islamique

L’hélicoptère a lâché deux douzaines de membres des forces Delta, un commando d’élite de l’armée américaine, au milieu de la nuit aux alentours d’une raffinerie de pétrole. Ils s’y sont introduits et ont échangé des coups de feu avec les militants de l’Etat islamique réfugiés à l’intérieur. Ils en ont tué plusieurs et un soldat américain a été blessé, avant qu’un avion ne vienne les récupérer. Quelques minutes à peine se sont écoulées.

Cette opération secrète, qui a eu lieu au début de l’été et dont l’existence a été révélée mercredi par l’administration américaine, avait pour but de libérer James Foley et les autres otages américains détenus par le mouvement djihadiste. Seul hic: ils n’étaient plus dans la raffinerie.

Reste que ce ratage est la première intervention américaine sur sol syrien depuis le début des hostilités en 2011. De plus en plus de monde s’interroge désormais à Washington sur les intentions de l’administration Obama: va-t-elle étendre à la Syrie les frappes aériennes entamées le 8 août en Irak?

«Sur le court terme, probablement pas, estime Michael Noonan, du groupe de réflexion Foreign Policy Research Institute. Les Etats-Unis ont mené quelque 90 frappes en Irak, dont la majorité a servi à réaliser l’objectif limité de récupérer le barrage de Mossoul, et le président semble vouloir s’en tenir à cela.»

Mais cela pourrait changer si les Etats-Unis subissent un traumatisme. La décapitation filmée du journaliste James Foley au milieu des dunes pourrait en être un. Ces derniers jours, l’administration américaine a d’ailleurs adopté un ton beaucoup plus combatif face à l’Etat islamique. Barack Obama a déclaré qu’il s’agissait d’un «cancer» et son secrétaire d’Etat John Kerry a estimé qu’il fallait le «broyer» et l’affronter «partout où il choisit d’exporter son odieuse haine». Vendredi, le conseiller adjoint à la sécurité nationale, Ben Rhodes, a estimé que l’exécution de James Foley représentait «une attaque terroriste» contre les Etats-Unis.

Jeudi, le chef d’état-major des armées Martin Dempsey, normalement plutôt hostile à une intervention en Syrie, a décrit l’Etat islamique comme «une organisation avec une vision apocalyptique des Derniers Jours, qui devra bien être défaite». Interrogé sur une intervention américaine en Syrie, le ministre de la Défense Chuck Hagel a pour sa part dit que «toutes les options sont sur la table».

Car la vision qui prévaut aujourd’hui au sein de l’administration américaine est celle de l’inévitabilité des frappes en Syrie, si les Etats-Unis veulent se débarrasser une bonne fois pour toutes de l’Etat islamique. «Pouvons-nous les défaire sans attaquer la partie de l’organisation qui se trouve en Syrie?» a interrogé Martin Dempsey jeudi, avant de poursuivre: «La réponse est non. Il va falloir s’en prendre à eux des deux côtés de ce qui est aujourd’hui une frontière inexistante.»

La majorité de la population dans cette région vit le long de deux corridors qui bordent l’Euphrate et le Tigre, créant une continuité des deux côtés de la frontière irako-syrienne, rappelle Michael Noonan. Même si les Etats-Unis parvenaient à repousser l’Etat islamique hors d’Irak, il conserverait sa base en Syrie, centrée autour de la ville de Raqqa. «Washington se retrouve dans la même situation qu’entre 2003 et 2011, lorsque 90% des combattants islamistes arrivaient en Irak par le biais de cette frontière poreuse, dit-il. Ils avaient à l’époque mené un certain nombre de raids côté syrien.»

Le chercheur pense que les Etats-Unis pourraient intervenir en Syrie au moyen d’opérations extrêmement ciblées, comme actuellement en Irak. «Par exemple avec une frappe aérienne contre Abou Bakr al-Baghdadi [ndlr: le chef de l’organisation terroriste]», détaille-t-il.

Mais tous ces projets sont pour l’heure entravés par un obstacle de taille: «Si nous frappions l’Etat islamique, cela serait vu comme un soutien au régime de Bachar el-Assad», note Michael Noonan. Une perception que l’autocrate syrien, dont la cote internationale est au plus bas, ne manquerait pas d’exploiter au maximum.

Frapper l’Etat islamique en Syrie «serait vu commeun soutien au régime de Bachar el-Assad»