Raqa, la capitale de facto du groupe Etat islamique en Syrie, est devenue la principale cible des raids russes et français qui ont tué au moins 33 djihadistes et fait fuir les familles de combattants étrangers.

Cette coopération inédite entre Moscou et Paris, qui avaient jusqu’à présent une vision diamétralement opposée sur l’avenir du président Bachar al-Assad, est la conséquence des attentats sanglants de Paris et contre l’avion russe dans le Sinaï égyptien, revendiqués par le groupe djihadiste.

33 morts dans les rangs de l’Etat islamique

Les deux pays veulent frapper l’Etat islamique à la tête en bombardant Raqa, ville située sur l’Euphrate à un carrefour d’axes routiers du nord de la Syrie et conquise par les djihadistes début 2014.

«C’est là qu’il faut toucher Daech (acronyme arabe de l’Etat islamique) dans ses forces vives», a expliqué mardi soir le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian. Selon un premier bilan, les raids français et russes contre des dépôts d’armes, des casernes et des points de contrôle à Raqa et ses environs «ont fait 33 morts et des dizaines de blessés dans les rangs de l’Etat islamique» en 72 heures, a déclaré Rami Abdel Rahmane, directeur de l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH).

Ce «nombre limité de tués s’explique par le fait que les djihadistes avaient pris leurs précautions», explique-t-il. «Il n’y avait que des gardes autour des dépôts et des casernes et le plus grand nombre ont été tués sur les barrages de contrôle».

Fuite vers Mossoul, en Irak

De nombreuses familles de combattants étrangers ont, selon lui, quitté la ville pour trouver refuge à Mossoul, la «capitale» de l’Etat islamique en Irak qui est jugée «plus sûre». D’autres «cherchent à se réfugier dans les environs de Raqa» contrôlés par l’organisation terroriste, a indiqué Aktham Alwany, un militant originaire de Raqa.

Ce n’est un secret pour personne que les bases de l’Etat islamique sont au milieu des habitations civiles. Ce qui ressemble à une base est soit vide soit fictive.

Dans la ville, «les civils vaquent uniquement à leurs occupations essentielles» car «personne ne sait quand aura lieu le prochain raid, ni de quelle nationalité seront les avions», ajoute-t-il.

«Ce n’est un secret pour personne que les bases de l’Etat islamique sont au milieu des habitations civiles. Ce qui ressemble à une base est soit vide soit fictive. Les djihadistes sont dans les maisons civiles», relève Aktham Alwany.

Après sa prise de pouvoir en janvier 2014, l’Etat islamique avait procédé à des exécutions publiques, notamment par décapitation ou lapidation, d’opposants, d’homosexuels et de femmes accusées d’adultère. Dans le même temps, le groupe avait rétabli l’électricité et remis en marche l’administration dans la ville de Raqa, selon les témoins.

Raqa a alors connu un certain calme jusqu’à ce que les civils prennent conscience que l’Etat islamique était «en difficulté» face aux bombardements mais aussi à l’avancée des forces rebelles et kurdes, indique Aktham Alwany.