Dans son rapport publié au lendemain de l’élection présidentielle kirghize, l’OSCE estime que le scrutin n’a pas respecté les normes clés de l’Organisation, malgré des éléments positifs. «Le jour de l’élection a été entaché de nombreux problèmes et irrégularités, parmi lesquelles des bourrages d’urnes, des imprécisions dans les listes d’électeurs et des votes multiples. Et le processus s’est encore détérioré pendant le décompte du vote et le classement des résultats, les observateurs jugeant négativement cette partie du processus dans plus de la moitié des cas observés», relève encore l’organisation.

D’autre part, l’OSCE estime que le Kirghizistan a manqué aux «critères clés auxquels il s’était engagé en tant que pays participant à l’OSCE», a jugé Radmila Sekerinska, chef de la mission d’observation du Bureau des institutions démocratiques et droits de l’homme de l’OSCE (ODHIR). Ce scrutin controversé s’est soldé par la victoire de Kourmanbek Bakiev, recueillant 89.7% des suffrages, selon la commission électorale.

La victoire de M. Bakiev, porté au pouvoir en 2005 par des violentes manifestations à l’issue d’élections entachées de fraudes, était largement attendue, dans cette ex-République soviétique stratégique d’Asie centrale qui héberge à la fois une base russe et une américaine.

Les bureaux de vote avaient fermé à 20h00 locales (14h00 TU). Selon la commission électorale centrale, la participation a été très élevée, avec 78,92% des électeurs inscrits, soit bien au-delà du seuil de 50% requis pour la validation du scrutin. La télévision publique kirghize, s’appuyant sur un sondage de sortie des urnes, avait annoncé que M. Bakiev l’emportait sur son principal rival Almazbek Atambaïev avec environ 67% des voix contre 12%.

L’opposition conteste

Mais l’opposition a fait savoir qu’elle n’entendait pas accepter ces résultats, qu’elle juge truqués. «L’opposition a gagné aux élections, mais la commission électorale a l’intention de donner la victoire à un autre candidat en falsifiant les résultats», s’est emporté l’opposant Almazbek Atambaïev devant ses partisans.

Quelques heures avant la clôture des bureaux, il avait déjà fait état de «violations massives et sans précédent».

«Demain nous n’aurons pas de président, de président légitime. Et nous ne reconnaîtrons pas ce président», a-t-il ajouté. «Et sans manifestation, il pourrait être impossible de résoudre cette situation».

Manifestations sans heurts

Mais les quelque 2.000 partisans de l’opposition qui s’étaient rassemblés pour un concert après le vote au siège de campagne de l’un des candidats à l’extérieur de Bichkek, criant «A bas Bakiev» et dansant au son de musiques traditionnelles kirghizes se sont dispersés peu après dans le calme.

De jeunes Kirghiz avaient auparavant déclaré qu’ils avaient l’intention de défiler au centre de la capitale. Mais la situation était calme au moment où les premiers résultats commençaient à tomber. «Les opposants ont l’intention d’ici 2-3 jours de collecter des copies des protocoles (électoraux), de les étudier et ensuite de commencer une action», a déclaré M. Atambaïev lors du meeting.

L’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), qui a déployé près de 300 observateurs, doit pour sa part rendre ses conclusions jeudi sur le déroulement du scrutin.

Menaces de répression

Signe des tensions autour de cette élection, M. Bakiev avait sévèrement mis en garde l’opposition jeudi, affirmant que l’organisation de manifestations «illégales» ne serait pas tolérée. «Nous allons réprimer, conformément à la législation, toute tentative d’organiser des troubles, et nous ne tolérerons pas de déstabilisation de la situation dans le pays», a indiqué le service de presse de la présidence.

A Balyktchi, dans le centre du pays, l’opposition a affirmé que la police avait dispersé plus de 1.000 de ses sympathisants dans la rue en tirant des coups de feu en l’air.

Porté au pouvoir en 2005 par des manifestations à l’issue d’élections entachées de fraudes, le président kirghiz, accusé d’avoir renoué depuis avec les vieux démons du passé, dont une corruption endémique, était omniprésent dans la campagne électorale. Les chefs de l’opposition l’ont accusé d’user de la violence et d’intimider ses opposants politiques ainsi que les rares médias indépendants du pays.

M. Bakiev est aussi un allié pour les Etats-Unis, le Kirghizstan ayant décidé fin juin de maintenir sur son territoire une base militaire américaine vitale pour les opérations de la coalition internationale en Afghanistan, après avoir menacé de la fermer.